France : les agriculteurs bios veulent s'affranchir des OGM et des semenciers

 

Bien décidés à s'affranchir de l'industrie semencière et soucieux de ne pas utiliser d'OGM, des agriculteurs du grand Sud-Ouest mènent une expérience unique en France en produisant des semences "bios" dans un champ de Dordogne, sur la commune du Change.

"On se fait berner depuis des années par les semenciers, qui vendent des semences trop chères, qui ne correspondent pas à nos besoins et sont polluées par la présence d'OGM", explique Bertrand Lassaigne, le propriétaire de la parcelle au Change, près de Périgueux, où sont effectuées depuis 2001 les expérimentations.

Pour les détracteurs de "l'agriculture conventionnelle", les semences industrielles présentent plus d'inconvénients que d'avantages. Elles donnent notamment des plantes très productives en terme de rendement la première année, mais qui ne pourront pas être replantées les années suivantes pour cause de dégénérescence.

Ces plantes sont en plus de grosses consommatrices d'eau et d'engrais et elles nécessitent d'importantes quantités de pesticides.

Ici, les produits chimiques sont bannis des cultures. Sur plus de trois hectares, on a planté une centaine de variétés de céréales rares ou abandonnées, essentiellement du maïs, mais aussi du soja et du tournesol.

On cherche ainsi à obtenir des croisements pour produire naturellement de nouvelles espèces aussi performantes que celles vendues par l'industrie.

"Elles sont testées in situ chez environ 80 paysans, dans tout le Sud-Ouest, pour les adapter à leur terroir", précise Patrice Gaudin, un des responsables de la plate-forme expérimentale.

Les résultats, assure-t-il, sont prometteurs. "Les populations sont plus riches, en protéines notamment, moins exigeantes en eau et résistent beaucoup mieux aux maladies". Mais surtout, elles peuvent être replantées d'année en année.

Financé à 70% par des subventions européennes et régionales, le programme- dont le budget s'élève à 160.000 euros - a également pour ambition de rétablir une certaine biodiversité.

"Depuis plusieurs dizaines d'années, il y a eu une fantastique érosion de la diversité des plantes cultivées", insiste Guy Kastler, le président du Réseau Semences Paysannes, qui fédère plusieurs associations et syndicats.

"S'il n'y a pas de diversité, il n'y a pas d'adaptation aux différents terroirs, ajoute-t-il. Il faut que les paysans se réapproprient les ressources génétiques des vieilles populations et soient autonomes des semenciers qui veulent imposer des OGM".

Les initiateurs du programme butent cependant sur un problème de taille: la législation nationale ne leur permet pas de vendre ou d'échanger, comme ils le souhaitent, leurs semences.

Il faut en effet "qu'elles soient inscrites au catalogue commun des variétés" qui recense toutes les plantes pouvant être cultivées en France, explique Jacques Caplat, expert à la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB).

"Le souci, c'est que cette inscription est trop chère pour les petits producteurs", poursuit-il, avant d'ajouter: "Il faut créer un nouveau cadre légal et se battre pour trouver des espaces de libertés pour les paysans".

Transmis sur www.mdrgf.org