LES USA / CANADA

(Je reprécise que je ne retouche pas les récits même si j'ai évolué depuis...)

Au programme :

10 juin 2002 : Petit résumé sur cette préparation de tour du monde en bent.
24 juin 2002 : USA, Le grand départ.

A propos de randonnée...
L'arrivée au Québéc
Fin Québec
Les côtes du matin
Visite d'Ottawa le dimanche 28 juillet 2002
La prière du Parking (31 juillet 2002)
Le miracle matinal (2 août 2002)
Les fruits les moins chers
Visite de Toronto (samedi 3 août 2002)
Les Chutes du Niagara (lundi 5 août 2002)
Les drapeaux dans les jardins

Mardi 6 août 2002 : 2ème accident : la mystérieuse flaque noire
Pancarte vélo: "1200 morts/j, 35000 blessés/j, pollutions, Guerre du pétrole?"
Arrivée à Détroit (dimanche 11 août 2002)
La conduite routière
Changement de pancarte (lundi 12 août 2002) : "Tour du monde pour protester contre votre pollution et votre égoïsme vis à vis des générations futures."

Une invitation aux USA (14 août 2002)

Susan et Christine

La nourriture

Enfin une lumière...(jeudi 15 août 2002)

Changement d'heure

A tous les motards de France et d'ailleurs
Ecrasé comme par un rouleau compresseur (20 août 2002)
(20 août 2002)
Jeudi 22 août : Un terrible orage
24 août 2002 : Est-ce un rêve ?
1 mois sans crevaison
6700Km de chez soi

Une immense ferme usine (3 sept 2002)

Un autre français sur un vélo couché au Colorado ! (4 sept 2002)

Denver (5 sept 2002)

Les guides Lonely-planet

Manque d'hospitalité (9 sept 2002)

Entraînement en altitude (10 sept 2002)

11 septembre 2002

Les indiens du 21ème siècle (12 sept 2002)

Nouveau Mexique (14 sept 2002)

Made in China

Déroulement d'une journée en Amérique du Nord
Rdv 23/06-20h30-PlaceWilson

 

wilson


 

10 juin 2002 : Petit résumé sur cette préparation de tour du monde en bent

Ça, c'est bien passé... ;-)
J'ai commencé à imaginer ce tour du monde en rentrant de mon service national à Dakar (Sénégal), je n'avais toujours rien de précis à faire... (novembre 2000). J'ai commencé par lire (tout en faisant la plonge dans un grand hôtel londonien) l'excellent livre de Serge Leret (un tour du monde de 4 ans qui s'est terminé prématurément par un mariage en Chine) que mon frère avait acheté en passant au festival d'ABM. Après j'ai lu beaucoup de récits sur des sites internets tout en prenant des notes et en construisant mon propre site internet (août 2001).
En novembre 2001, j'ai arrêté de travailler (réparation de téléphones portables au sud de Londres) pour vivre chez mes parents et me consacrer 100%, enfin normalement, à ce projet de tour du monde. Donc : établissement précis du parcours et du matériel nécessaire, réalisation du dossier, recherche des sponsors, etc.
Dans le même temps, visite chez le dentiste, l'oculiste, et le docteur pour les vaccins (Institut Pasteur Lille). Les papiers aussi : passeport, permis de conduire international (gratuit), cartes de crédit, assurance, etc.
L'idée de partir en vélo couché (ou bent) vient de Vincent.P qui m'a laissé un mot en visitant mon site du tour du monde, vers octobre 2001. Après m'être beaucoup informé, j'ai écrit aux différents constructeurs de bent mais aucun n'a accepté de m'aider. J'ai donc pris le risque d'investir (avec une petite réduction : 1300 euros au lieu de 1500) dans un tel vélo en mars 2002 chez ligfiets Gent (en Belgique, le plus proche dans le Nord).

Début mai (6 semaines d'attente), j'ai reçu le vélo et suis parti pour un petit tour de France afin de tester tout le matériel. Le porte-bagages a cassé, mais après une bonne soudure, ça tient toujours (puis mon porte-bidon inférieur le renforce bien). Pour le reste, j'ai vraiment été très satisfait. Je ne comprends pas d'ailleurs comment on a pu passer depuis si longtemps à côté d'une telle invention. Le vélo classique (ou debout) ne devrait plus exister...
Puis, après ce petit tour de France d'un mois (du 11 mai au 5 juin 2002), les derniers préparatifs : petites modifications sur le vélo, mises à jour du site (avec enfin des photos du vélo), visite au collège de Flines qui suivra mon voyage, journalistes, etc.
Les deux dernières semaines, je dormais 6h par jour... Mais dans l'ensemble, tout s'est bien passé. Et à part les deux dernières semaines, ça n'a pas été les cadences infernales ; surtout parce que je n'ai pas de gros sponsors... À propos des sponsors, j'ai dépensé environ 120 euros dans ma recherche de partenaire (dossiers, poste, téléphone, etc.), et j'en économise env. 600 (réductions, guides LonelyPlanet, etc.) ; donc ça vaut le coup de se compliquer la vie à chercher des partenaires... puis ça donne un peu plus d'ampleur au projet, on apprend des trucs. Mais il ne faut pas aller trop loin, car sinon, vous perdez l'aspect "ballade tranquille", "détachement du monde européen", etc.

 

24 juin 2002 : USA, Le grand départ

Donc, voilà... C'est parti pour plus de 3 ans de voyages à errer par delà le monde, parfois au milieu de nul part et toujours loin des endroits ou j'ai grandi. Pour l'instant j'en suis heureux puisque c'est ce que j'ai voulu. Il n'y a pour moi pas de grande surprise à ce mode de vie car j'avais déjà fait de nombreuses randonnées seul à vélo.
Comme je le dis volontiers, ça n'est qu'une randonnée un peu plus longue que les autres...

A propos de randonnée...

Un "service" randonnée à vélo en solitaire.
Je me suis souvent dit qu'il faudrait que chaque jeune fasse au moins une fois ce genre de randonnée à vélo seul (un peu comme un service militaire). Ca permet de comprendre beaucoup de choses, comme par exemple le fait d'avoir la chance d'être totalement libre. Car c'est vrai, si on y réfléchit bien nous sommes aujourd'hui pratiquement tous libre ! S'il y a problème dans ta vie, tu peux toujours tout lâcher pour partir ailleurs voir le monde et peut-être trouver un sens à ta vie. Bien sûr, il faut avoir le courage et savoir que c'est possible de le faire. Et c'est bien connu, tout ce qu'on a déjà fait est plus facile à faire après... Donc si vous êtes parti un mois (minimum) seul sur un vélo (ou même à pied), durant votre jeunesse, vous aurez certainement appris ce courage et cette ouverture d'esprit nécessaire à votre renaissance en cas de coup dur, et au lieu de vous enfermer dans votre cauchemar, vous lâcherez les amarres pour prendre un peu de recul. J'écris tout ceci en pensant au milliers de jeunes qui se suicident par désespoir chaque année...
Voyager seul à vélo, c'est n'avancer que part soi même (;-) normal vous êtes seul à pédaler). C'est se construire un morale d'acier résistant à toute épreuve, apprendre à surmonter tous les problèmes (mécanique, physique, une montée interminable sous une chaleur de plomb, un policier qui veut vous mettre une amende, ou encore des gens qui ne veulent pas vous aider, vous êtes seul mais de plus en plus fort !) C'est certainement la meilleure école de la Vie.

Le 24 juin 2002, je suis arrivé à Roissy Charles de Gaulle vers 9h, par la route, depuis Paris. Il y avait énormément de monde et déjà quelques retards d'avions... Je fais la queue au comptoir de Nouvelles Frontières pour avoir mes billets. Puis, après avoir préparé mon vélo, je fais la queue à l'enregistrement et me rend compte que j'aurais du attendre un peu avant de dégonfler mes roues (pour éviter qu'elles n'explosent en soute), car là je les abîme un peu... Le personnel est débordé. Bien sûr, on me dit qu'il faut un carton pour le vélo, j'insiste que non (il y a plus de violence dans le transport quand les choses sont emballées). Finalement, ça passera, mais il faut signer un décharge, pas le choix, je signe. On me confisque ma bombe lacrymogène (interdit même en soute). Avec tous ces problèmes, je suis le dernier à monter, en catastrophe dans l'avion, ce qui m'évite les questions du service d'immigration / émigration. J'aurais quand même droit d'enlever mes chaussures pour vérification...
L'arrivée aux USA c'est bien passée, hum... dans l'ensemble. Le vélo a un peu souffert : les jantes sont mordues (je donne un petit coup de lime pour les remettre à neuf), la chaîne est emmêlé de 2 tours dans la cassette (il aurait fallu bloquer la roue pendant le transport), puis les poignées de freins/vitesses ont bien bougé. Le temps de tout remettre en état et je sors de l'aéroport vers 19h (heure locale à GMT-5 , c'est GMT+1 en France). Quelle chaleur ! Il fait plus de 40ºC ! Il y a des grosses voitures partout ; presque des camions voitures d'ailleurs... avec des pneus très larges, et très bruyants. N'oublions pas que les USA sont les plus gros pollueurs de la planète (CO2), et les premiers à refuser de faire des efforts pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre... (c.f. texte de Nicolas.H)
Bizarrement, je ne sens pas trop la pollution, c'est certainement dû au fait qu'il y ait très peu de diesel. Mais quelques jours plus tard, j'aurai une méchante toux... un peu le même genre de toux qu'on attrape en faisant longtemps du vélo à Paris (entre autres)...
Je fini enfin par trouver un endroit pour dormir vers 22h, dans un petit bosquet au milieu de highway (autoroutes) et sous les avions (1 avion / 5mn), les boules quiets seront alors indispensables. Le lendemain matin, je remplace mon affiche "tour du monde en bent" par "voiture=1200 morts/jour, 35000 blessés/jour, modification du climat, guerres du pétrole ?" ; mais ça n'aura pratiquement aucun effet... Puis je me dirige vers Washington DC (capitale) (j'ai atterri à Washington Dulle). J'essaie d'oublier tous mes préjugés.
Au bout de quelques jours, je commence à m'habituer aux routes, et me perd moins. Ici il n'y a que des grosses routes (2×2 voies mini) ou des rues qui mènent aux villas mais qui finissent toujours en impasse. Donc pas moyen d'éviter les grosses et bruyantes (larges pneus) routes. A propos de larges pneus, même si on inventait une voiture propre (!?), il resterait toujours le bruit des pneus sur la route...
En arrivant à Washington DC, je trouve par miracle une piste cyclable qui me permet d'arriver du sud au centre ville dans de bonnes conditions. Elle longe des beaux petits parcs (ou je dormirai la nuit) et l'aéroport. Ca reste bien sûr quand même assez bruyant (avions + trains + routes à côté). La visite de Washington (2 jours) fut agréable. Il faisait toujours très chaud (40ºC) mais j'avais l'occasion de me rafraîchir dans les fontaines. J'ai rencontré Concepcion Martin Piccioto, une ex-espagnole qui vit depuis 1982 devant la maison blanche pour protester contre toutes les actions guerrières du gouvernement. Il y avait aussi un américain qui s'était fait connaître en tirant à pied un cercueil à travers les Etats-Unis. Vous pourrez trouver plus d'information sur ces deux personnages dans la partie [Pendant - Missions] de mon site.
Après Washington, je suis passé par Baltimore puis Philadelphia, des grandes tours modernes, et une banlieue toujours abandonnée et pauvre. Je ne vous décrit pas plus, puisque c'est ce qu'on voit dans les séries et les films qui inondent le monde. Mon vélo, le bent (vélo couché) fait toujours autant sensation, tout le monde regarde... Il y a le regard franc, comme on observe un animal au zoo, le regard froid et discret du coin de l'oeil (et qui évite mon regard), les gens qui se marrent en me voyant, et ceux qui ont tout compris et qui me montre leur pousse comme pour me félicité de cette idée génial de pédaler couché.
Dans la région, dès que je sors des villes, je me retrouve systématiquement sur des grosses routes (2×2 ou 2×3 voies) et c'est franchement un cauchemar ! Donc j'allume mon walkman (j'entends quand même toujours les voitures), d'abord sur la radio, puis quand j'en ai marre de toute cette pub sur toutes les stations (c'est comme à France2 de 20h30 à 20h50 après le journal... sauf qu'ici c'est tout le temps...), je bascule sur mes cassettes. J'en ai 4 : Tryo, Zebda, Morice Benin, Nougaro, Maurane, Brel, Higelin, etc. Inutile de vous dire que je les connais déjà par coeur... Mais je ne m'en lasse pas, c'est le top du top. :-)
Le soir, les lucioles qui s'allument font comme des étoiles dans l'herbe, c'est beau...!
Après Philadelphia, je monte toujours vers le nord-est, direction New-York. L'arrivée sur New-York à vélo c'est bien sûr pas agréable du tout... Des milliers de grosses voitures partout, des énormes camions, les avions, etc. Bref, du bruit, du bruit, et encore du bruit... Quand j'en ai marre, je m'arrête, et reste couché un quart d'heure sur le bent à écouter ma musique.
J'arrive donc côté ouest de New-York. Là il y a un très grand parc qui permet d'observer la ville . Le soir j'essaierai de dormir dans ce parc (photo), mais un passant me dénoncera à la police qui viendra me demander de partir. A propos de police, ici, elle est partout, c'est comme dans "1984" de George Orwel. A la moindre faute, vous la voyez débarquer. Et comme tout est privé, et que si je demande aux gens un petit bout de leur jardin pour planter ma tente il refuse, je suis obligé de camper sur des terrains privés en me cachant, et la police me réveille le matin... c'est assez oppressant. Mais ils me quittent toujours en me serrant la main et en me souhaitant bonne chance, ça fait des rencontres... ;-) D'ailleurs, à part avec la police, je n'ai pas beaucoup de contact avec les gens. En France, pendant ma randonnée de test avec le vélo couché, les gens venaient me parler dans les villes. Mais ici rien, tout le monde est dans sa voiture aux vitres fumées... Et quand on me parle, c'est pour me demander "combien coûte un tel vélo" !? Ou j'entend les enfants dirent à leurs parents "mum, je veux un vélo comme ça !". Enfin, comme dirait le copain de Dan (un noir américain ancien militaire chez qui j'ai passé quelques heures) : "Ce pays rend fou"... Tu m'étonnes... à regarder toutes la journée les conneries à la télé (style "loft story", reality show) et toutes la pub (ils en mettent même entre la fin de l'émission et le générique de fin), pas étonnant de devenir fou ; ça "lobotomise" le cerveau !

Pour rentrer dans New-York (coté Manhattan) à vélo, je crois qu'il n'y a pas d'autre solution que de prendre le métro (1.5$ allé, 3$ allé-retour). J'ai difficilement réussi à mettre mon vélo dans les ascenseurs (70Kg d'équipement + 70Kg moi), en le mettant debout sur une roue arrière. Mais New-York à vélo c'est violent, avec tous les taxis pressés c'est un peu comme dans le centre de Londres à vélo... faut faire gaffe (là aussi, je préfère être en bent car ça protège mieux). Pour le camping gratuit ici, c'est très très dur... J'avais trouvé une superbe place (photo), mais un passant m'a dénoncé et la police est venu me chasser (classique ici).
En sortant de Newark (grande ville à l'ouest de New-York), j'ai eu mon premier accident avec le vélo. Rassurez-vous, seul le vélo fut accidenté. Je suis passé sur une plaque d'égout (pas pu l'éviter il y avait une voiture en face), et la roue arrière s'y est enfoncée. Bilan : 1 mort (le pneu), et deux blessés graves (la chambre à air et la jante). Après 1H30 d'hospitalisation, ça remarche, ou plutôt ça re-roule... un peu bancale quand même... La jante est bien voilée, fendue même, mais cela fait 500Km que je roule avec ! En remontant sur Montréal, j'ai emprunté les routes 9, 9W, 9N, 22 (routes pour vélos et voitures) qui longent l'Adirondack Park. C'est assez agréable, malgré un nombre trop important de voitures le week-end, puis ça monte et descend sans arrêt. J'ai d'ailleurs fait du 79Km/h dans une descente en freinant... avec un bent c'est facile... Et vu la descente, j'aurais pu dépasser les 100Km/h... Je vous laisse imaginer la montée, quand même... du 5-12% sur + de 20Km.

 

L'arrivée au Québecretour en haut

Passage frontalier en français s'il vous plait... pas de problème, un petit tampon de passage et je passe mon chemin. Au Québéc, il y a beaucoup de pistes cyclables ou des routes délaissées (abîmées) sur lesquels il n'y pas trop de trafic, et c'est assez plat. A la radio, malheureusement il y a toujours énormément de pub. Il y a aussi beaucoup de chansons d'amour. Les québécois sont en fait de grands obsédés, ils ne pensent qu'à ça... ;-) je rigole bien sûr. Ici on parle un genre de français que j'ai parfois beaucoup de mal à comprendre..., mais c'est agréable à entendre.
Enfin, en tous cas, je n'ai pas encore vu un seul policier ! Et quand je dors dans un parc ou un cimetière, elle ne rapplique pas au levé du jour !
TRES IMPORTANT, pour ceux qui prévoient de traverser le Canada à vélo... d'après ce que j'ai compris, le vent vient toujours plus ou moins de l'ouest (de Vancouver). Donc plutôt que de faire Québéc-Vancouver (comme moi), faites Vancouver-Québéc, se sera plus facile ! Heureusement que j'ai un vélo couché...

La cuisine

Ce qu'il faut pour les muscles, c'est bien-sûr du sucre (attention les caries...). Donc beaucoup de confiture toute la journée et le soir des pâtes (sucres lents). Quand je ne mange pas de pâte le soir, le lendemain je m'en rends tout de suite compte, je n'ai pas de puissance dans les muscles. Le pire c'est de manger quelque chose de très gras comme des frites. Donc je mange des pâtes, des pâtes, des pâtes, et encore de pâtes tous les soirs. Pâtes à l'eau (sans rien), pâtes à l'huile d'olive, pâtes au fromage, pâtes aux oignons, pâtes aux carottes, pâtes aux petits pois, pâtes aux saucisses, ou pâtes à la chili con carne. Je me suis arrêté là pour le moment...
Le matin, tartines de confiture avec du thé. Au début je prenais du lait (en poudre) au chocolat, mais je me suis rendu compte que le thé passe mieux, je pédale plus facilement après sur le vélo.
Ce matin, comme je n'avais pas pu manger hier soir (grosse pluie), je me suis fait des crêpes (avec juste de la farine et de l'eau) ; c'était pas mauvais...
Sinon, je me prends de temps en temps un bon yogourt dans les supermarchés. J'essaierai de manger aux moins une fois par semaine un peu de viande, peut-être plus dans les pays moins chers.

Expressions diverses et très courantes aux Québec.

Fin Quebec

A Québec ville (13 juill 2002), le panneau "recherche une connexion web" derrière mon vélo a enfin (ça faisait 5 jours) attiré l'attention d'un certain Denis.P qui m'a gentiment accueilli chez lui. Ils ont des connections internet très rapides par ici, et c'est beaucoup moins cher qu'en France. J'ai quitté Denis et sa petite famille (bonjour à Valérie et Alicia) le lendemain afin de visiter la très belle ville de Québéc puis prendre la route du lac St-Jean (on m'a dit que c'était beau...). En passant par la réserve faunique des Laurentides, j'ai eu droit à de belles côtes :

Les côtes du matin

Le plus dur dans la vie de pédaleur, c'est les premières côtes le matin en plein soleil... Les muscles sont encore très durs, ça fait mal, ça râle. L'organisme n'est pas encore totalement prêt à accepter les 40ºC ambiants et plus on monte, plus le corps tout entier se met à bouillir, la respiration s'accélère dangereusement, le coeur se met à battre comme une machine à vapeur prête à exploser, la sueur coule de partout, etc. Vaut mieux faire gaffe... Jusqu'à présent, je n'ai pas eu de problème grave, mais j'essaie toujours de boire avant la côte et de m'arrêter en haut quelques minutes pour calmer l'organisme.
J'ai aussi eu droit aux moustiques fanatiques... J'avais une bonne 60aine de piqûres en arrivant au lac St Jean ! Ils n'hésitaient pas à piquer les mains toujours en mouvement, les bougres. Un soir, la tente a été envahie par des espèces de minuscules mouches piquantes qui passaient à travers la moustiquaire. Il y en avait partout. La porte de la tente, normalement jaune en était devenue noire ! Et je commençais à sentir leurs piqûres sur les mains et le visage. La seule solution fut pour moi de m'enfermer dans le sac de couchage (sleeping-bag), il faisait chaud et c'était pas facile de respirer. Enfin..., je ne vais pas me plaindre ! On m'avait dit que ce serait dur et que personne ne passait par là à vélo. Mais c'était beau la région du lac St-Jean. Ensuite, j'ai pris le cap 210º (sud-ouest) pour aller vers Montreal et il a encore fallu traverser un parc plein de moustiques. Après une petite visite de Montreal (assez jolie, pas mal de pistes cyclables, et pas trop de voitures) le 23 juillet 2002, j'ai passé 3 jours chez Josette, Didier et Charles. C'est donc avec beaucoup de regret, et ils ont tout fait pour (;-)), que j'ai quitté le Québec en direction d'Ottawa (passage en Ontario). Le Québec, il faut que vous y alliez ! Vous ne serez pas déçus ! Les gens sont sympathiques, naturels, joyeux, etc. Pour moi, c'est la France en moins râleur, en plus marrant et plus souriant.

Visite d'Ottawa le dimanche 28 juillet 2002 retour en haut

Ottawa : Capitale du Canada, est un ville agréable, avec un mélange architectural ancien et nouveau réussi. J'y ai rencontré un jeune de mon âge qui vit maintenant en Thaïlande dans un temple bouddhiste. Expérience très enrichissante me dit-il. À Ottawa, j'ai dormi dans un grand parc avec des pistes cyclables qui longent la ville. Je n'étais pas caché, des centaines de gens m'ont vu et la police n'est pas venue. Le cauchemar de Washington / New-York est terminé !

La prière du Parking (31 juillet 2002)

En passant par Napanee, une petite ville pas spécialement belle (est de Toronto), je me trouve un supermarché pas trop cher ("les prix les moins cher" c'est écrit). En sortant, un monsieur d'une soixantaine d'années ayant vu mon vélo m'interpelle en me demandant d'où je viens. Je commence à lui raconter mon histoire, mais j'ai a peine commencé qu'il me dit :
- "Venez, je vais vous présenter à ma femme"...
- Moi : "Bonjour madame".
C'est une femme d'une soixantaine d'année aussi. Son mari lui explique très brièvement que je fais un tour du monde à vélo.
- Elle : "Bonjour, d'où venait-vous ?"
Je recommence à raconter mon histoire, elle me demande :
- "Coyez-vous en Dieu ?"
- Moi : "Heu...un peu, je ne suis pas sûr."
- Elle : "On va faire une prière pour qu'il vous protège."
Elle me prend le bras, son mari met sa main sur mon épaule, et nous voici au milieu du parking et des voitures, à trois, en cercle en train de prier... ("merci Dieu pour cette vie,...protèges nous des méchants, etc."). Après cette petite prière, je les entends parler de "charity", puis la dame demande à son mari s'il a de la monnaie.
- Moi : "Non, non, je n'ai pas besoin d'argent."
Là, ils sont très décus de ne pouvoir me donner de l'argent...
Puis elle pense à me donner une bible...
- "lisez-vous l'anglais ?"
- "heu... oui, mais ça va être trop lourd sur mon vélo."
Je les quitte en les remerciant.

Le miracle matinal (2 août 2002)retour en haut

Ce matin, je me lève et quelle surprise : un petit déjeuner encore chaud m'attendait en face de ma tente...!? Du jus d'orange, du café au lait et deux gros muffins. Je vais finir par croire aux miracles. Je laisse un papier de remerciement sur la pelouse.

Les fruits les moins chers

Les fruits les moins chers (ce que bien sûr je prends) viennent ici de Californie. Ils sont bien-sûr plein d'OGM : il y a des prunes aussi grosses que des pommes ! La Californie, c'est pas tout près... c'est même de l'autre côté du pays : 5000Km ! Dans les supermarchés, il y a aussi les fruits de la région, mais c'est beaucoup plus cher... donc tant pis pour la pollution (transport par camion). Et tant que le gouvernement ne mettra pas son nez dans ce problème (en favorisant tout simplement les produits régionaux), ça marchera ainsi... On ira chercher très loin (et certainement de plus en plus loin avec la fameuse "mondialisation") des fruits qui poussent juste derrière chez nous... Et qu'en je vois ça, je me dis qu'un gouvernement libéral qui laisse tout faire, pourvu que ça fait marcher l'économie, est contraire à tout réel progrès écologique. Dis en passant, pour les Organismes Génétiquement Modifiés qui sont partout ici (Jean Chrétien, 1er ministre Québécois, est aussi pour les OGM), il n'y a aucune loi, pratiquement aucune opposition, pas d'étiquetage, aucun problème,... pour le moment..., mais l'avenir nous rappellera à l'ordre (comme avec la vache folle?). Et tout ça pour le profit de quelques grands patrons d'entreprises. Imaginez ce que ça peut rapporter de faire des fruits 2 fois plus gros... comme le prix dépend du poids, vous pouvez doubler votre salaire !
Et pour la pollution automobile, je n'ai encore rien vu, rien entendu... aucune politique pour la limiter, pas de protestation... (c'est très mal vu de critiquer ici), à part moi avec ma pancarte, mais je suis vraiment tout seul... Qu'est-ce que c'est que ce fou sur son vélo ? ;-! . Et tout ça pour le profit de quelques grandes sociétés pétrolières... et elles ont les bras très longs... [pour mieux comprendre, lire le texte "l'empire en guerre"].

Visite de Toronto (samedi 3 août 2002)

Même ici, comme à New-York ou partout ailleurs, j'arrive à camper près d'un petit chantier en plein centre ville. J'ai donc toute la journée pour visiter la ville. Ville agréable, propre, avec toujours ce mélange entre anciens bâtiments et nouvelles tours modernes comme dans toutes les grandes villes de la région. Il y avait le festival "Caribana", donc beaucoup de monde partout, du bruit, des rires sur mon vélo, etc. J'ai fait un bout route avec un ancien polonais d'une cinquantaine d'années qui rentrait chez lui à vélo. Il avait vécu en France, en Allemagne, et à Montreal. Il me disait qu'il préfère Toronto car au moins ici il est mieux accepté et il n'entend jamais : "dehors les étrangers". Le soir j'ai longé la côte, malheureusement ce sont des villas privées partout et l'on ne voit rien du lac Ontario... Serait-ce un lac privé d'ailleurs ?

Les Chutes du Niagara (lundi 5 août 2002)retour en haut

Pour arriver aux fameuses chutes, c'est vraiment pas agréable en vélo. Il y a énormément de monde (américains, canadiens, japonais, indiens, français, etc.), donc de voitures ! Au début, j'ai longé la "QEW", c'est une grosse autoroute qui fait énormément de bruit malgré l'implantation, à certains endroits, de panneaux anti-bruit. J'ai essayé de prendre les petites routes plus à l'intérieur des terres, mais je me suis vite aperçu qu'elles étaient aussi pleines de voitures... et de bruit. Il y a beaucoup de vignes dans la région, mais ce n'est pas aussi beau qu'en France... Les chutes... c'est beau, mais je m'attendais à quelque chose de plus beau et plus grand ! Puis, il faut dire aussi que tout ce qui est autour (le casino, les hotels, les bateaux, les hélicos, etc.) détériore l'effet "grandeur de la nature", c'est presque des chutes artificielles... pour le tourisme.

Les drapeaux dans les jardinsretour en haut

Dès mon arrivée à Washington Dulle, j'ai tout suite été un peu choqué par tous ces drapeaux américains sur les voitures, dans les jardins, aux fenêtres, etc.
Aussi, en plus des affiches "publicitaires" du genre "Dieu nous protège", "l'Amérique est unie", j'entendais souvent à la radio des discours patriotiques, des reportages sur la libération en 1945 de l'Europe par les soldats Américains, sur les morts en Normandie (dit en passant, c'est pas pour rien que Bush est passé en Normandie ce mois de juin 2002), ou sur le travail des soldats américains en Afghanistan. Bref, à voir tous ces drapeaux étoilés, la propagande fonctionne bien ! Et plus le peuple honore son pays, plus l'état se sent fort et fait tout ce qu'il veut dans le monde...

Au Québéc, dans les jardin, on voit également quelques drapeaux Québécois bien sûr, avec parfois le drapeau canadien à ses côtés, mais ce n'est heureusement rien de comparable avec les USA. Il parait même que le nationalisme est en baisse au Canada. Enfin, on est quand-même assez fier d'être Québécois ; mais pas du tout fier de ses représentants politiques... et ils aiment s'en moquer. En descendant vers la région des grands lacs (côté Canada), près de la frontière des USA, j'ai revu de plus en plus de drapeaux étoilés avec à côté le drapeau Canadien. Il faut dire que dans cette partie du Canada (sud Ontario) le mode de vie n'a pas l'air très diffèrent de ce que j'ai vu aux US. Les voitures redeviennent beaucoup plus grosses qu'au Québéc, je ne vois pratiquement plus de vélo (sauf endroits touristiques), et c'est du genre : quand arrive l'heure de manger, on prend sa voiture pour faire 20Km jusqu'au McDo du "coin". Puis en rentrant à la maison, on se regardent les films qu'on a été spécialement chercher l'après midi en faisant un bonne 20aine de Km... De toute façon l'essence ici est pratiquement gratuite (l'état y est pour quelque chose...) : 0,35 euro (2,3FF) par litre ! Comparé au prix de la vie, qui est d'après moi un tout petit peu plus cher en Amérique du Nord qu'en France, l'essence c'est gratuit !
C'est pas pour rien qu'on est les plus grands pollueurs (CO2) du monde dans cette partie de la Terre !

Mardi 6 aout 2002 : 2ème accident : la mystérieuse flaque noireretour en haut

Je roulais tranquillement, et pour une fois sans vent de face (juste de côté). J'arrivais à maintenir les 25Km/h de moyenne et au niveau d'un large croisement où je devais tourner à gauche, je vois une grande tâche noire sur le bitume (lui aussi assez noir). Je m'empresse de ralentir, des voitures arrivent au loin derrière moi et devant moi, j'ai le temps de passer. Ma roue avant touche à peine cette mystérieuse flaque noire que Paf !!! Le vélo se couche en moins d'1/4 de seconde et glisse avec moi essayant de l'arrêter sur 3-4 mètres ! Quand il s'arrête, les voitures en face et derrière moi sont déjà là à attendre que je libère le passage... Je relève mon vélo (70Kg)... et Paf !!, il retombe aussitôt, ça glisse vraiment bien ! J'arrive à peine à tenir sur mes jambes sans tomber ! Je finis par réussir à sortir de cette tâche et commence le nettoyage de tout mon matériel sous un grand arbre à l'abrit du soleil. Bilan de la découverte : tout le côté gauche du corps plein d'huile et c'est pas facile à nettoyer ! (essence + savon). C'est un peu comme une marée noire... Le bras gauche bien râpé (et ça saigne encore au bout de 2h), mais l'organisme travaille vite : plus rien au bout de 10 jours. La première sacoche gauche (celle qui m'a protègé le bassin) trouée, et celle à l'arrière bien abîmée. Le rétroviseur fendu sous la violence du choc. Puis la pédale gauche enfoncée. Dans l'ensemble ça va... ça aurait pu être pire. Avec un vélo classique, j'aurais certainement eu en plus la jambe râpée. Je remarque aussi avec cet accident, qu'à vélo quand on ne peut traverser un carrefour parce qu'il y a une voiture en face, vaut mieux attendre en dehors de la route (ce que je fais toujours) plutôt que de rester au milieu du croisement... Dans cet accident, imaginez s'il y avait eu une voiture en face, m'empêchant de passer, et que j'eus décidé d'attendre au milieu de la route... En arrivant sur la flaque d'huile, j'aurais bien sûr glissé et serais passé sous la voiture d'en face... Puis si elle avait freiné, elle aurait glissé.
Triste fin...
Conclusion : Je connaissais bien les plaques de verglas pour y être tombé pas mal de fois, maintenant je connais les flaques d'huiles ; et franchement, je préfère de mille fois le verglas, c'est beaucoup moins salissant... puis c'est une plaque lisse sur le macadam, on n'est pas râpé comme sur une grande toile de papier de verre (la route).

Pancarte vélo: "1200 morts/j, 35000 blessés/j, pollutions, Guerre du pétrole?"retour en haut

Je déçois souvent les gens ici... ils s'approchent, presque gentiment, voient la pancarte derrière mon vélo, commence à la lire, et hop! ils se sauvent presqu'en courant, le regard plus que jamais fermé (j'imagine leur petite voix intérieure qui dit "fucking french"). On a horreur d'être critiqué ici ! Ca me rappelle certaines situations quand j'étais en Angleterre... Dès que vous donnez un conseil pour améliorer la qualité du travail à quelqu'un, il le prend mal... Ca en devient vite très compliqué. Et je m'aperçois que ça a l'air d'être plus fréquent chez les anglo-saxons. J'en viens à imaginer qu'il y a un gène anglo-saxon, un gène français, un gène espagnol, un gène allemand, un gène russe, etc. qui pré-définit nos réactions, notre façon de penser... Heureusement, qu'il y a aussi des malformations génétiques... et quelques exceptions dans tous les peuples.

C'est marrant, moi j'écoute toute la journée des chansons qui critiques la France et le monde, et ici aux USA c'est complètement l'opposé ! Il ne faut surtout pas critiquer le pays, c'est très mal vu ! Tiens, j'entends justement ce soir un commentateur de "radio Canada" qui parle de certaines poursuites ou rejets vis à vis des dessinateurs humoristes qui critiquent leur pays dans les journaux aux USA. Je ne rêve donc pas... Cette montée de patriotisme / nationalisme en devient néfaste à la liberté d'expression... Et pourtant, qu'est-ce qu'il y aurait comme critique à faire sur la politique des USA... et de la CIA. Depuis les assassinats de personnes gênantes (JFKennedy, Boby Kennedy, Martin Luther King, Marilyn?, Che Guevara, etc.) jusqu'à tous ces dictateurs qu'ils ont mis au pouvoir (en Amérique du sud et ailleurs) pour mieux contrôler les pays, jusqu'à toutes leurs actions d'aujourd'hui partout dans le monde (mise au pouvoir des Talibans, embargo sur l'Irak, etc.).
Et c'est sûr que ce n'est pas en restant chez soit devant sa télé à regarder des conneries ("On fabrique de bon consommateurs avec une bonne publicité" Morice Bénin) qu'on comprendra quelque chose au monde et qu'on le fera avancer. Et contrairement aux défaitistes qui disent que les manifestations dans la rue ça ne sert à rien, l'histoire nous montre bien que c'est faux. Ne serait-ce qu'en 1789 ! La révolution Française, tout le monde dans la rue !... Mai 68, tout le monde dans la rue !, etc.
En conclusion, les attentats sur New-York, c'est vraiment une aubaine pour les gouvernements. Ca a gravement augmenté le nationalisme, ça permet de faire voter des lois qui réduisent les libertés partout dans le monde (même en France), et c'est beaucoup plus facile de contrôler le monde quand les gens ont moins de liberté (ils ne peuvent plus s'informer, critiquer, ils sont plus surveillés, etc.), puis ces attentats ça permet aussi et encore de placer des bases militaires un peu partout dans le monde, puis les guerres, c'est bien connu, ça fait vendre des fusils qui ramènent l'air de rien pas mal d'argent au pays (mais on ne vous en dira pas plus...). Sadam, c'est aussi une aubaine pour augmenter la popularité de Bush... (il y a des élections en novembre 2002). Souvenez-vous comment ça c'était passé avec Bill Clinton... Heureusement que tous les pays Européens ne suivent pas gentiment (!?) cette politique guerrière. Vous me direz, tout ça, ça n'a pas grand chose à voir avec mon tour du monde en bent... Mais si justement car tout ça c'est le monde entier ! La politique gère le monde. Par exemple, quand je vais passer en Amérique du sud dans des pays pauvres, je vais me demander pourquoi les gens sont aussi pauvres, il y a pourtant des ressources ? Oui, mais elles sont exploitées par des sociétés étrangères... Ah ? Et en Argentine, qu'est-ce qui se passe ?
La France fait, et a fait, exactement comme tous les autres pays... Il suffit de s'intéresser en profondeur à la politique menée en Afrique pour s'en apercevoir... On aide un dictateur à aller au pouvoir (les services "secrets") et en échange ce dictateur permet à notre grande société d'exploiter la mine de diamant ou le puit de pétrole. La population est baillonnée... elle ne dira rien. Malheureusement, la plupart des gens ne veulent pas se prendre la tête avec tout ça... Puis ça vote n'importe quoi, puis on s'en fou, "t'façon, on y peut rien" dit-il... "Mon oeil !" Dis-je...

Arrivée à Détroit (dimanche 11 aout 2002)retour en haut

Entre Niagara et Détroit, il y beaucoup de plantations de tabac... donc il y a du boulot en ce moment, et c'est principalement des mexicains et des jamaïcains qui viennent récolter. Ils sont mal payés, mais pour eux, c'est quand même bien payé et le gouvernement mexicain est très satisfait de toute cette argent qu'ils ramènent au pays et à leur famille. Peu avant Windsor (ville frontière avec Detroit), j'ai été accueilli pour une nuit chez Peter.L. Il tirait à l'arc (il chasse à l'arc) avec son ami Marc dans son jardin, m'a vu passé, m'a salué, m'a proposé de rester, et je suis resté. Je vous présente la famille : Peter.L qui travaille à la maison et s'occupe des enfants, Charlene sa femme qui est "manager" dans une grosse société technique à Windsor (elle se lève vers 4h pour aller travailler et rentre vers 17h), Mikeal (16 ans) qui veut devenir acteur, Tia (15 ans) qui veut devenir docteur, et les deux petites filles April (9 ans) et Brittany (7 ans) qui aimaient beaucoup me dire quelques mots de français, ils l'apprennent en 2ème langue. Comme partout où j'ai été invité jusqu'à présent, le couple ne marchait pas trop bien. J'ai tellement parlé anglais cette soirée (en leur montrant mon trajet et mes photos sur la TV), que le lendemain je me parlais encore en anglais...
Arrivée à Windsor, j'ai emprunté, tout naturellement, un pont qui menait à Détroit. A peine arrivé au 1/3 du pont, qu'un gros 4×4 me double et s'arrête devant moi me bloquant le passage ! Un gars assez excité en sort et me dit méchamment que le pont est interdit aux vélos et que je dois faire demi-tour...
De retour au point de départ (Windsor, début du pont), il m'expliquera que l'autre moyen d'aller à Détroit est de prendre le tunnel mais c'est aussi interdit aux vélos... Qu'est-ce qu'on les aime ici les vélos...! Je sens les Etats Unis tout proche...
J'essaie de prendre les bus qui passent dans le tunnel, mais ils ne veulent pas prendre mon vélo... Heureusement, on est samedi (personne dans les bureaux), et je me trouve un bon petit terrain de camping derrière un petit building, avec vue sur Détroit (photo: 110-1081_img.jpg, 110-1087_img.jpg), et sur une belle pelouse équipée d'arroseurs automatiques (qui me réveilleront à 5h). Le lendemain midi, je retourne au fameux pont de "l'Ambassadeur" et y trouve finalement un fermier (ou plutôt un chef d'entreprise agricole) équipé d'un 4×4 qui accepte de prendre mon vélo et moi-même juste pour la traversée du pont jusqu'à Détroit. C'est un gars qui a aussi pas mal voyagé en Europe étant jeune... Quand on vous dit que "les voyages forment la jeunesse", voyez que c'est vrai... Dans le cas présent, ça apprend la solidarité, la fraternité, etc. Ce "farmer" m'expliquera qu'effectivement c'est de plus en plus dur d'être fermier, mais que le gouvernement les aide pas mal. Le résultat c'est que parfois ils produisent sans pouvoir vendre car d'autres produits venant de très loin sont moins cher que les leurs ou que ce qu'il produise est en surplus... En clair, ils produisent dans le vide, mais les subventions les font vivre (et ça tue les pays pauvre du sud). A l'extrême, c'est comme si on demandait à tous les gens qui touchent le chômage en France de passer leurs journées à creuser des trous et de les reboucher après... Au moins ils auraient du travail, et l'état leur donnerait un salaire (les allocations chomage).
Au fait, en entrant de nouveau aux USA, ce que je craignais est arrivé... mes 3 mois autorisés au Etats-Unis ne sont pas remis à zéro après mon passage au Canada ! Donc, je suis entré pour la première fois aux USA le 24 juin 2002 et dois toujours en sortir le 23 sept 2002 ! (c'est ce à quoi l'ambassade des Etats-Unis en France n'avait pas voulu répondre).
Je n'aurais pas le temps d'aller jusqu'à la côte Ouest. Je vais certainement passer par le Nebraska et Colorado, puis filer plein sud vers le Mexique.

La conduite routière :retour en haut

A mon arrivée aux Etats-Unis, fin juin 2002 à Washington DC, j'ai été agréablement surpris de la bonne conduite des pollueurs routiers. Dans l'ensemble, ils roulent assez lentement, font attention aux rares vélos et n'ont pas une conduite trop nerveuse, à part quelques jeunes mais la police est partout pour les calmer.
En passant la frontière du Québéc, j'ai tout de suite noté une conduite plus "française" : on roulait plus vite, on me frôlait facilement, etc. Le pire, c'est avec les camions, au moins 50% d'entre eux n'ont pas compris qu'il faut faire un grand écart quand on croise un vélo, sinon le vélo est aspiré par le souffle du camion et peut se trouver dans une très mauvaise situation... Pour les éduquer un peu, quand je les vois arriver dans mon rétroviseur (je les entends aussi beaucoup...), et s'il n'y a personne en face, je me mets au milieu de la route pour les obliger à changer de voie, puis je lève la main après leur passage pour les remercier (je n'ai PRESQUE jamais eu de protestation : exseption : 19/5-20h30-OuestAvCrampel+29/5-20h00casinoSudAlléeBarcelone) Par contre, quand il y a quelqu'un en face, je m'écarte juste un peu plus sur ma gauche pour les faire ralentir et me rabat à droite juste avant leur passage. En France, d'après mes plus de 6000Km d'expérience, quand un camionneur croise un cycliste, il ralentit et se met bien sur la voie de gauche pour doubler (je parle des grands camions), s'il ne peut pas à cause de l'arrivée d'une voiture en face, il freine et reste 10m derrière le cycliste jusqu'à ce qu'il puisse doubler. Ici au Québéc, le frein n'existe pas (et c'est un peu pareil pour les voitures), une fois lancé, on ne ralentit pas... et surtout pas pour un vélo ! Mais heureusement, il y a beaucoup de pistes cyclables (peut-être encore plus qu'en Hollande) et les "routes vertes" pour voitures et vélo, ou les conducteurs font plus attention. Depuis mon passage chez Didier à Montreal, mon écarteur de voiture a pris un peu de longueur et est devenu plus efficace, mais ça ne suffit pas encore...
En retournant aux Etats-Unis, à Detroit, je me suis fait klaxonné parce que je prenais trop de place (j'étais pourtant bien sur ma droite), c'est clair... ça change de se retrouver aux USA, c'est strict ! Dehors les vélos !

Changement de pancarte (lundi 12 août 2002) : "Tour du monde pour protester contre votre pollution et votre égoïsme vis à vis des générations futures."

Avant de passer la frontière à Détroit, j'avais enlevé ma pancarte pour éviter tout problème. Puis comme on me demandait souvent pour quelle cause je faisais ce tour du monde à vélo, puis aussi parce que je crois que c'est vraiment le moins que je puisse faire pour les générations futures, j'ai dévoilé un peu plus mes réelles pensées : "Tour du monde pour protester contre votre pollution et votre égoïsme vis à vis des générations futures." Vous allez peut-être me dire que je ne risque pas de parler à beaucoup de monde avec une tel pancarte... c'est vrai, surtout ici où, rappel : on n'aime pas être critiqué. Mais j'ai quand même parfois droit à quelques gestes de sympathie. Ils sont bien sûr beaucoup moins nombreux (pour le moment) que les poings levés, les doigts, les coups d'accélérateur, etc. Enfin, le message passe, je bouscule leurs pensées.

Une invitation aux USA (14 août 2002)retour en haut

Un peu avant Chicago, j'ai été invité par Sonia et Ernest. Lui, 60 ans environ, est anesthésiste et travaillera jusqu'à 65 ans minimums. Sonia, a travaillé dans un bureau de poste, entre autre, étant jeune, puis est restée à la maison pour s'occuper de ses 4 enfants : 1 garçon de 23 ans qui fait des études d'informatique, une fille de 25 ans assez vagabonde qui vie sur la côte ouest avec un enfant, une autre fille dans la police pour enfant, et une troisième fille dont je n'ai pas trop entendu parler. Ils sont bien installés dans une belle et confortable maison avec deux grosses voitures (Mercedes+Voyager 6 places). En arrivant chez eux à 20h (après qu'ils soient rentrés de la messe), j'ai eu droit à un excellent repas préparé spécialement pour moi (ils dînent vers 18h ici) avec du poulet, des haricots et du maïs qu'on mange avec les mains, comme un castor ou une marmotte le ferait. Sonia et Ernest sont très croyants (comme une très grande partie des américains), et pratiquants. Ils sont tous deux originaires du sud de la Louisiane où l'on parle encore un peu français, ce sont des Cajuans. Puis, ils ont aussi souvent reçu des français pour des échanges avec leurs enfants. Le soir, je resterais sur internet de 23h à 2h afin de répondre à mon courrier (de 2 semaines)... Le lendemain, réveil à 6h30 (après 4h de sommeil) pour dire au revoir à Ernest, et départ vers 9h, ce qui me permettra de faire 177Km dans la journée.
Ils font un peu de recyclage par ici. A New-York, ils ont arrêté car ça coûte trop cher... remarquez à Paris... le recyclage faut pas y penser...

Susan et Christineretour en haut

J'étais en train de prendre une photo d'un bel écureuil tué par une voiture, quand, tournant la tête derrière moi, j'aperçois 2 filles, Susan (45 ans env.) et Christine (35 ans env.) qui me regardent attentivement de leur gros 4×4 arrêté sur le bord de la route. Elles me demandent de me rapprocher pour parler, ce que je fais avec prudence car on ne sait jamais, elles sont deux, je suis seul.... Puis commence la discussion :
Elles : - D'où viens-tu ?
Moi : - De France. J'ai pris l'avion le 24 juin de Paris à Washington DC, puis je suis passé par Baltimore, Philadelphia, New-York, etc.
Elles : - Est-ce que tu connais Jésus ?
Moi : - Oui.
Elles : - C'est très bien, Dieu te protège. Tu as besoin d'argent ?
Moi : - Non, j'ai travaillé et fait beaucoup d'économie.
Elles : - Je vois ta pancarte. Protestes-tu pour une pollution particulière ?
Moi : - Oui, celle des voitures.
Elles : - Vraiment !? Désolé pour celle de notre voiture.
Je leur donne ma carte de visite (avec adresse internet), elles insistent pour me donner 5$/euros (Christine ferme vite sa vitre pour que je ne puisse pas lui rendre).
- Good bye, good luck, God bless you.
Comme quoi, ma pancarte ne fait pas seulement fuir le monde... Je crois que je vais rajouter "Pour la paix dans le monde", et "Dieu protège l'Amérique", ça paiera peut-être mon voyage...

La nourritureretour en haut

La nourriture est ici toujours aussi suspecte. Je viens de manger une crême au chocolat, mais je me demande s'il y avait vraiment du chocolat dans cette matière gélatineuse... Puis quand je lis la contenance, je manque d'information... Il n'y a pas de E112, E122, etc. En Europe, vous ne savez pas ce que sait mais on vous dit qu'il y en a, et ici on ne vous dit même pas qu'il y en a ! Pour le pays de provenance, c'est comme en Europe, on vous dit où ça a été emballé dans tel pays (très intéressant), mais pas d'où les composants principaux viennent !
Ca me fait penser, quand j'étais au Canada, j'ai entendu à la radio des discussions comme quoi le fait d'obliger un fabriquant à traduire ses produits dans la langue du pays où il veut les vendre était anti commercial et néfaste à la libre circulation des produits. Bref, méfiez-vous, si cette loi passe, vous n'allez bientôt plus rien comprendre de ce que vous manger ! Il y a quand même un truc que j'aime ici, c'est que sur absolument tous les aliments il y a un petit tableau (plus détaillé qu'en France) qui vous donne l'apport calorifique, le sodium, le cholestérol, les protéines, les vitamines, etc. avec le pourcentage nécessaire chaque jour. Pour les protéines, comme je ne mange pas beaucoup de viande (trop cher), j'en manquais un peu mais j'ai trouvé (merci Josette) la parade : le Peanut butter, c'est de la crême d'arachide (un peu comme le nutella).


Enfin une lumière...(jeudi 15 août 2002)retour en haut

Ce soir, j'ai rencontré un gars (60 ans) avec des yeux et des oreilles vraiment bien ouverts. Il était biologiste et pilote d'avion (avait son propre avion), ce qui est pour moi en général une marque d'intelligence (Saint Exupéry, J.Brel, etc.). J'étais en train de faire cuire des oignons (pour les pâtes) dans une forêt (d'où je vais être viré), quand il est arrivé silencieusement à pied, puis il s'est mis à parler à toute vitesse sans que je puisse ouvrir la bouche pour lui répondre.
Il s'approche doucement.
Lui : - Bonsoir. Je suis très curieux. D'où venez-vous ?
Moi : - De France.
Il regarde le vélo et la fameuse pancarte.
Lui : - Ah ! Un tour du monde à vélo !
Il continue à lire le "pour protester contre votre pollution et votre égoïsme vis à vis des générations futures", puis s'emballe en parlant très rapidement :
Lui : - Humm, on critique toujours les Américains, mais il ne faut oublier
qu'on a été mourir pour sauver votre pays en 1944 ! Moi je ne l'oublie pas !
Moi : - Non, non, moi non plus, mais cette pancarte n'est pas seulement pour
les Américains, c'est aussi pour... (il me coupe)
Lui : - Vous les francais, vous avez toujours quelque chose à dire et à critiquer. Il faut toujours que vous ouvrez votre putain (je vous traduis ses paroles) de grande gueule ! Je sourie, il sourit.
Puis il reprend : - Oui, je sais ce que vous pensez et ce qu'on pense en Europe, j'ai une maison en Allemagne et je sais ce qu'on pense là-bas. Mais Bush n'est pas le président de tous les américains (c'est comme en France, vive la démocratie...), il n'a pas été bien élu. Il se prend pour le roi, il veut controler le monde entier, il veut faire la guerre partout, je sais tout ça et j'en ai marre aussi, si ça continue je vais rester en Allemagne, c'est parce que j'ai plusieurs maisons ici, puis il y a mon avion (il a commencé aussi la construction d'un deuxième avion).
Je lui parle des drapeaux Américains que je vois partout :
- Oui, ils sont tous fous ici ! Ils croient que Dieu aime seulement les Américains et qu'il est là rien que pour eux ! Ils sont fous, ils ne comprennent rien ! Mais j'espère que tu vas aimer ce pays. Il y a beaucoup de gens bien, malheureusement aussi beaucoup de cons... mais c'est comme partout ! Bonne chance !
Et il part toujours pressé. Moi, je finis la préparation de mon repas, puis la police passe pour me dire que je ne peux pas dormir ici, c'est un parc national, même pour une nuit, c'est interdit, c'est la loi, on ne peut rien y faire, etc. Donc je me retrouve sur les routes, dans le noir complet et sous une petite pluie à la recherche d'un autre endroit pour dormir. Comme les camions et les voitures me frolent toujours autant et que je n'ai pas envie de mourir cette nuit, je me pose entre le grillage d'une propriété et la route, puis met mes boules quiets en espérant que les gens n'appellent pas la police avant demain matin...
Ce fameux biologiste m'a parlé aussi d'un show de l'US Air Force ce week-end sur les plages de Chicago. Il y aura un monde fou sur plus de 15Km de plage, et la police sera partout (en moto à 4 roues).
Tenez, une petite histoire révélatrice de l'état d'esprit de la population : on est sur la plage. On regardent les avions voler au dessus du lac Michigan. Devant une zone interdite dans le lac, un scooter des mers anonyme vient de franchir cette zone interdite, 2 gros bateaux de police pluss un petit scooter le prennent en chasse et le rattrape... la foule applaudit en choeur (j'étais le seul à ne pas applaudir).
A Chicago, d'après ce que j'ai vu, vous avez à l'est la banlieue avec tous les noirs (parfois drogués qui marchent difficilement), les maisons cassées et abandonnées (pratique pour les brigands), puis à l'ouest, tous les blancs dans de belles maisons bien entretenues et bien surveillées. Les Etats-Unis, c'est un pays multi-culturel... (!?)

Changement d'heureretour en haut

J'ai changé de fuseau horaire en passant Chicago. J'en suis maintenant à GMT-6 (en France vous êtes à GMT+1 ou GMT+2 en été). Evidemment je ne m'en suis rendu compte qu'au bout de quelques jours en lisant les panneaux qui affichent la température et l'heure devant certains magasins.

A tous les motards de France et d'ailleurs :retour en haut

Venez rouler comme des dingues sans casque en Illinois, Nebraska, Colorado, Nouveau Mexique, etc. Je dis bien sans casque ! La loi l'autorise ici. On souffre moins en cas de chute, c'est radical, la mort assurée du premier coup... Vive la liberté ! [photo "115-1566"]

Ecrasé comme par un rouleau compresseur (20 août 2002)retour en haut

Je roule tranquillement... heu... pas vraiment tranquillement en fait : comme d'habitude il y a beaucoup de voitures et la route est très très étroite. Puis quand on quitte la chaussée, on tombe sur du gros gravier dans lequel mes roues (26×1.25 à l'arrière) s'enfoncent. Une femme derrière moi n'ose pas passer, elle attend qu'il n'y ait plus de voiture en face, mais avec le monde qu'il y a, elle risque d'attendre longtemps... Bon, je rabats mon écarte voiture et me mets le plus possible sur ma droite ! Madame ne veut toujours pas passer et une longue queue se forme derrière elle ! Elle se décide enfin à passer en klaxonnant comme pour m'engueuler ! Ah vraiment, les gens ici !
La file derrière suit sans problème. Puis arrive un gros camion, il y a toujours plein de voitures en face, mais il s'engage en donnant un gros coup de klaxon qui m'assourdit. Puis tout en me doublant lentement, il me serre de plus en plus en se rabattant au maximum sur sa droite pour m'éjecter de la route. Derrière il y a la remorque (une grosse benne) et la roue de la remorque, qui s'approche de mon vélo tel un énorme rouleau compresseur. Je vois le conducteur contrôler la situation dans son rétro, rien ne lui fait peur, en amenant son énorme engin à 10cm de mon vélo, il m'éjecte tranquillement de la route. Moi bien sûr, je ne peux pas rivaliser, je suis comme une mouche qu'on écarte de la main et je me retrouve bientôt sur le bas côté embourbé dans le gravier ! C'est ça où la mort sous la remorque d'un camion...
Je tiens à préciser que durant mes 10 000Km d'expérience (France, Allemagne, Espagne, Portugal, Sénégal, Mali, Gambie, Angleterre) je n'ai jamais vu un tel comportement ! Au moment où j'écris ceci, je suis au Nord du Mexique et ici c'est comme en France, quand ça ne peut pas passer, le camion ralentit au loin et attend derrière moi (sans me coller) jusqu'à ce que ça puisse passer. Non, les vélos aux Etats-Unis ne sont pas aimés !
Et je ne vous parle pas de tous les jeunes qui me doublent en me frolant et en criant comme des dingues. Mais ça va, je n'ai pas encore reçu de canette dans la figure (je l'ai déjà lu dans des récits)...

Jeudi 22 août : Un terrible orageretour en haut

Je m'étais trouvé une petite place dans un champ (grillage ouvert) le long d'une piste pas trop empruntée. Depuis quelques jours, le ciel était très nuageux. Vers 22h, il s'est mis à pleuvoir très fort. Puis des vents terribles, accompagnés d'éclairs incessants, se sont levés, en cognant d'abord la face Est de la tente, puis la face Ouest. Sous ma maison, je me suis dépêché de tout ranger dans les sacs étanches et j'ai enfilé ma combinaison de pluie pour le cas où la toile de tente s'arracherait. La violence des vents à progresser, le vélo et ses 70Kg bien calés sur sa béquille en est tombé. Puis pour finir en beauté, le vent s'est mis à souffler du Nord (côté porte), la tente s'est gonflée à son maximum, prête à exploser. Moi j'essayais de la tenir. Avec le temps, même dans de tels moments, on ne s'inquiéte plus. Je me disais que de toutes façons ce n'était que de l'eau et du vent. Si la toile s'arrachait, mon voyage n'était pas terminé pour autant, on peut toujours dormir "à la belle étoile", puis ici des tentes ça se trouve facilement...
Vers 2h du matin, les fortes pluies ont enfin cessé, mais les éclairs ont continué, ça ne s'arrêtez pas, avec 2-3 éclairs par seconde ! Et le tonnerre, si près qu'il me faisait mal aux oreilles ! Quel nuit ! Ici les orages c'est pas de la rigolade !
Le lendemain matin, je fais le point de la situation : une barre de tente fendue (mais vite réparée avec du fin fil de fer et de la pate époxy), la toile de tente n'est pas arrachée (ouf!), il y a un peu d'eau dans les sacoches mais heureusement, avec le soleil, cela séchera vite.

24 août 2002 : Est-ce un rêve ?

En sortant de "Des Moines", je trouve une superbe piste cyclable de plus de 50Km ! Au début, elle suit mon chemin (Est vers Ouest) puis je suis obligé de la quitter car elle monte trop au Nord. J'y croiserai quelques bents "made in USA" (des "Vision" de Seattle, avec des petites roues et un guidon en dessous).
Le soir je me fais attaquer par un très gros chien (gros et musclé), évidemment dans une montée (c'est la loi de Murphy : http://mmonceaux.free.fr/) . J'ai le temps de sortir mon baton mais pour une fois ça ne l'impressionne pas... Il se rapproche dangereusement du pédalier, moi je m'apprête à le cogner, mais bon, si je le touche ça pourrait l'enrager encore plus... Il finit par abandonner sa terrible course devant ma vitesse toujours croissante. Les chiens aux Etats-Unis sont en géneral attachés, je n'ai pas trop à m'en plaindre. Par contre, j'ai l'impression qu'ils sont tous élevés à l'attaque !
Le lendemain, après avoir roulé sur de longs chemins de terre/cailloux, j'ai visité la "Hitchcock House" [http://www.hitchcockhouse.org/]). C'est une "maison-station" sous laquelle passaient des tunnels secrets qui permettaient aux esclaves fugitifs d'aller au Canada retrouver la liberté. Le mardi 27 août 2002, je passe 4h dans le "Strategic Air and Space Museum" ([http://www.strategicairandspace.com/], 7euros l'entrée, photo 112-1261, photo 112-1279). Un ancien de l'Air Force nous fait la visite avec ses petites histoires authentiques. Sous les deux grands hangars du musée, j'ai pu voir un B52 (bombardiers encore utilisés), B47, B36, B25, B17, F101, B58, SR11 (avion futuriste), F111, C119, B29, KC 97, Mig 21 (chasseur russe), Vulcan (bombardier anglais), etc. C'est près d'Omaha qu'avaient été construits les milliers de bombardiers B17 (Forteresse volante) puis B29 qui servirent pour la 2ème guerre mondiale. C'était une petite révolution pour l'état du Nebraska. Bush doit passer dans ce musée début septembre 2002... (encore une visite calculée).

1 mois sans crevaison

Après un mois sans crevaison (superbe, excellent, formidable mois d'août), je renoue mes liens avec les rustines et la pompe. Pendant un moment, tous les matins j'ai eu droit à 1h30 de discussions avec les roues, pneus et chambres à air... L'origine du problème, c'est une petite plante à fleures jaunes qui pousse partout ici et qui construit des petites boules épineuses anti-pneumatiques de vélo. Ca doit être une invention américaine... Ah ces Américains ! Ils sont vraiment contre les vélos... Ils en ont mis partout le long des routes ! ;-)) [photo : 113-1334, 113-1335, 113-1336]
En fait c'est un problème que j'ai déja rencontré au Sénegal. Pour le contrer, il faut bien sûr éviter ces petites boules, avoir de bon pneu pas trop usés et surtout mettre des bandes anti-crevaisons. Ca empêchera environ 70% des crevaisons ("flat" en anglais). Aussi, comme c'est toujours des petites épines qui font de tous petits trous (parfois le trou n'est pas fini), j'ai pensé aussi à rajouter une vieille chambre à air entre la chambre à air du vélo et la bande anti-crevaison de manière à augmenter le chemin nécessaire à l'épine pour faire sa crevaison. Si ça continue à m'embêter, je le ferai... Ah, aussi, acheter des bandes anti-crevaison dont les bouts sont affinés. Les miens ne le sont pas, ils sont coupés franchement, et ça fait une gros rebord qui fini par user et percer la chambre à air... Les constructeurs de pièces de vélo devraient tous faire des tours du monde pour comprendre leurs erreurs.

 

6700Km de chez soi

Qu'est-ce que ca fait d'être tout seul au bord d'un champ à 6700 Km de l'endroit où l'on est né et où on a grandi... Ben, pas grand chose. Ou plutôt, plus grand chose. La première fois que l'on part tout seul à vélo, on ressent une extrême liberté mêlée à une petite peur, mais avec le temps ne reste que le sentiment de liberté. La première fois que l'on fait du camping sauvage, c'est la grande peur ! On vous a tellement parlé des méchants qui mangent les gens dans leur tente la nuit. Mais au fil des jours passés seul sous la tente rien arrive. Mais où sont ces fameux brigands ?
La première fois que la police vous arrête, on est assez stressé et inquiet, après (surtout du côté de New-York...) c'est la routine, plus aucune peur, je leur serrerais presque la main quand ils arrivent tout énervé. La première fois que l'on se retrouve bloqué au milieu de nul part sans plus rien à manger et avec presque plus d'eau... Bof, j'en ai tellement vu... ça ira ! Les premières fois, c'est toujours difficile, mais après c'est facile...

Une immense ferme usine (3 sept 2002)

Aujourd'hui j'ai croisé une immense ferme-usine. Ca m'a impressionnné ! Au milieu du "desert", j'apercois petit à petit comme une petite ville (il y avait des lampadaires partout). Une ville de vaches... Des vaches, des vaches, et encore des vaches. Partout, à perte de vue ! Il y a aussi des grands camions qui se baladent entre ces vaches et qui vident leurs grandes bennes de nourriture. Puis il y a le train aussi, qui ramène la nourriture en échange de viande fraiche. On peut aussi voir des petites montagnes de ballot d'herbe sèche. Malheureusement, je n'ai pas réussi à vous faire de belles photos : [113-1364, 1370, 1371], l'idéal aurait été une vue d'avion.

Un autre français sur un vélo couché au Colorado ! (4 sept 2002)

Pour aller à Denver, je suis descendu par la 63 puis j'ai pris vers l'ouest la 36. C'est là que j'ai croisé un premier cycliste (en vélo classique), puis un vélo couché (Vision) avec dessus un français ! On s'est regardé, dis bonjour de la main, puis au même moment on a fait demi-tour pour se rejoindre et discuter pendant presque 1h ! Je ne sais pas pourquoi, avant même que je parle, il savait que j'étais français (peut-être un lien très profond, ou simplement le physique). Donc ce fameux français est de Lorraine (54), a travaillé 5 ans dans l'armée de l'air, puis est venu aux US où il vit au Texas en tant qu'artisan multi-professions. Là, il roulait depuis 3h du matin (et il est 13h) afin de faire un genre de Brest-Paris-Brest : 1200Km en 92h (?) ! Il a terminé deuxième sur une dizaine de participants.
Cette nuit, j'ai eu la visite d'espèce de petits chiens loups : des coyotes (on en voit souvent dans les zoos en Europe). La présence de ma tente les inquiéte, je les entends crier au loin. Je m'endors. Vers 2h du matin, certainement à un moment où j'ai bougé dans mon sommeil, ils se sont tous mis à hurler, j'ai brusquement sursauté de mon "lit", il y en avait un bonne dizaine qui s'étaient rapprochées à 3-4m de ma tente... Quel bruit !

Denver (5 sept 2002)

Denver, capitale du Colorado, quand j'y arrive, ça me donne l'impression d'une grande ville en plein désert.
J'ai beaucoup de chose à faire ici : rappel du vaccin rage, trouver un nouveau PSION (notebook), changer le pneu avant et la suspension cassée du bent, trouver un plus grand pignon (engrenage roue arrière) pour affronter les montagnes qui m'attendent en Amérique du Sud, etc. Pour le vaccin, on est vendredi et j'ai peur d'être bloqué jusque lundi... Mais je finis par trouver un hôpital universitaire (public) qui me l'injecte rapidement ; pour 166 euros tout de même ! Le vaccin de la rage, c'était déja le plus cher en France... Mais bon, la santé c'est la vie. Ce qui est dommage, c'est que c'est juste un vaccin préventif qui n'offre aucune garantie, et si je me fais mordre par un chien, je dois au plus vite trouver un médecin ; ça risque de pas être facile en plein milieu de la Chine ou de la Mongolie, loin de toute grande ville...
Après ce petit passage dans cet hôpital très propre et très accueillant, je visite le centre ville, puis continue mes recherches pour un nouveau PSION (un petit cable intérieur du mien est cassé, c'est réparable mais il faut la pièce...). Je trouve une bonne adresse d'un vieux magasin d'électronique où il y a un peu de tout : toutes sortes de composants électroniques, des vieux ordinateurs, des vieux appareils électriques, etc. Le patron, s'est acheté un PSION il y a quelques années et il est prêt à me le vendre. Il me le ramène, j'y mets ma carte mémoire, tout marche impeccable. Dernier prix 120 euros, ça se vend encore le double en France... J'en profite pour faire d'autres achats : un petit condensateur pour augmenter la puissance de ma batterie, une pile pour l'EOS Canon (2 fois moins cher qu'ailleurs), etc. Après lui avoir raconté mon histoire, le tout ne me coûtera que 100 euros ! Puis je dois prendre contacte avec lui sur internet pour qu'il m'envoie un petit PC portable dès qu'il en trouve un... Ca c'est un mec sympa !
Pour les pièces vélo, j'ai fait 6 grands magasins au total, avec parfois de mauvais accueils mais aussi de très bons comme celui d'un gars qui a cherché partout dans l'atelier pour me trouver juste un grand pignon arrière pour la montagne (ils vendent la cassette complète normalement). Bien-sûr, j'ai pu le monter sur place et il voulait me le faire gratuit... vu que c'est pas courant ici de rencontrer des gens qui veulent vraiment vous aider, je lui ai quand-même donné 10$/euros.
(P.S : Pour les bouvigniens, un excellent magasin de vélo c'est celui de Flines ; toujours un bon accueil et des prix corrects.)
Pour la suspension arrière, pas moyen de trouver ! Ils ont rarement de telle pièce en magasin, il faut commander, 1-2 semaines d'attente minimum... Il faut dire aussi qu'il cherche exactement la même suspension alors qu'on pourrait, en bricolant un peu, en adapter une autre, mais bon, c'est pas l'Afrique ici...
Grâce au nouveau PSION, je peux reprendre l'écriture des résumés et surtout reprendre ma lecture quotidienne de "20.000 lieues sous les mers" de Jules Verne : un tour du monde sous-marin en Nautilus avec l'étrange, mais non moins génial, capitaine Némo. Deux heures de lecture avant de se coucher, ça facilite le sommeil, essayez et vous comprendrez.

Les guides Lonely-planet

Quand on y prend goût, on ne peut plus s'en passer, il y a tellement d'informations intéressantes dedans, aussi contrairement à certains concurrents, vous ne trouverez pas de pub dans les guides Lonely-Planet, c'est du concentré, pas de poids superflu. Il y a tous les plans des grandes villes, l'histoire du pays, les lieux à voir, où dormir, toutes les adresses indispensables, les conversions (distances, poids, température, etc.), des superbes photos en couleur, etc., etc., et un index qui permet de se retrouve très rapidement ! Ca n'est pas pour rien qu'ils sont numéro un au monde !

Manque d'hospitalité (9 sept 2002)

Dans une belle descente, je roule tranquillement à 85km/h, un policier me double doucement en m'observant attentivement. La vitesse est ici limitée à 100Km/h, il ne peut rien me dire... mais j'espère que je ne vais pas être la cause d'une instauration de vitesse maxi pour vélo !?
La journée avait donc bien commencé, j'avais un petit vent de dos qui me permettait de rouler à plus 30Km/h de moyenne, mais la pluie est arrivée, le vent a tourné, mon moral a baissé... Vers 16h, alors qu'il pleuvait depuis 3 bonnes heures, que j'étais trempé et que je commençais à avoir froid, je décide d'arrêter ce stupide combat entre ma santé et la pluie. Ici, comme dans tous les Etats-Unis, le long des routes est grillagé (même en plein désert c'est grillagé!), il faut donc que je me trouve un petit chemin afin de m'éloigner un peu du bruit et des dangers de la route. Je finis par trouver un petit groupement de maisons (il n'y en a pas beaucoup par ici). Je rentre dans le grand jardin, sonne à la porte de la plus grande habitation, et après une ou deux minutes accompagnées du bruit des chiens à l'intérieur, la porte s'ouvre. C'est une adolescente, je lui explique mon histoire (francais, tour du monde en vélo, etc.) et lui demande si je peux planter ma tente sous le grand arbre en face de leur maison POUR UNE NUIT, car il pleut, je commence à avoir froid, et je ne veux pas continuer à rouler sous cette pluie. Elle referme la porte sans me répondre. Puis une minute après, un gars sort d'une caravane à côté de la maison et vient me dire que ce n'est pas possible, les parents ne sont pas là (c'est l'excuse classique : le propriétaire n'est pas là...), ils ne rentrent que très tard le soir, mais si tu veux, il y a un parc plus loin, à une 10aine de Km, etc. Ok, ok... je n'insiste pas, quand ça veut pas, ça veut pas ! (je ne verrai pas de parc le lendemain d'ailleurs)
En quittant la maison, je m'aperçois que ma roue arrière est complètement à plat ! Comme je commence à être gelé et que je ne souhaite pas réparer cette crevaison sous la pluie, je plante ma tente juste en face de chez eux, sur le bord de la route ! 10 minutes après, je suis enfin bien au chaud à lire mon "20.000 lieues sous les mers" de Jules Verne... Le pire, c'est que si la police arrive, elle peut me virer sans problème car il y a une loi qui interdit le camping sur la voie publique...
Il n'y a malheureusement aucune loi qui force à l'hospitalité... dans ce pays, ça serait pourtant très utile !
Je m'endors assez tôt sans manger, et avec les boules " quiets " (heureusement que je les ai celles là).
Le lendemain matin à 7h, la tente est inondée, le bas du sac de couchage trempé, et il pleut toujours... Je continue ma lecture jusqu'à 9h, où arrive enfin la police (ils se lèvent tard ici !). Contrôle des papiers (passeport), "vous ne pouvez pas rester ici" etc. Je questionne un peu, et j'apprend que c'est le monsieur d'une autre maison en face qui les a appelé pour que je déguerpisse... Le même monsieur qui me salut peu après en quittant sa maison... quel hypocrite ! Il faut préciser aussi qu'ici la police est élu, on vote pour le Shérif du canton. Donc bien-sûr, le Shérif a intérêt à répondre aux demandes des habitants pour se faire ré-élire...
Donc, je me prépare à déguerpir... mais lentement. Je mange ma ration de pâte non mangée hier, je répare mes deux chambres à air (3 crevaisons), essaie de faire sécher toutes mes affaires, etc. Entre temps, un deuxième policier est passé car quelqu'un à vu du feu par ici : mon petit réchaud ! Je lui explique, ..."ok no problem". (c'est la 13ème fois que j'ai à faire à la police des EU!). Je quitte cette endroit vers 13h, et la journée ne fait que commencer.

Entrainement en altitude (10 sept 2002)

Après cette nuit et matinée pas vraiment envoûtante, j'ai eu droit à un peu de montagne et de froid : une bonne montée à 5-10% pendant 45Km, avec un changement d'altitude de 1500m à 2800m et une température qui passe de 20°C à 7°C ; ça vous change les idées... Le ciel était toujours très couvert mais il ne pleuvait pas. La difficulté n'était pas tant dans la montée, mais plutôt dans le manque d'oxygène. Je m'essoufflais très vite et étais obligé de m'arrêter parfois tous les 200m. J'ai fini par me décider à marcher, là j'avançais à 3-4Km/h au lieu des 7-8Km/h en pédalant, mais je m'essoufflais moins. Au bout de quelques heures, quand-même, mon organisme s'habitua un peu et peu à peu au manque d'oxygène, mais j'étais déja en haut ! Avec les 7°C ambiants, j'ai pu tester mon maillot hiver et ma veste polaire. Ca respire assez bien et l'investissement vaut le coup. Par contre, en cas de pluie, je suis obligé de mettre l'imperméable en Goretex et là je me retrouve trempé de l'intérieur. Donc pour la pluie, je crois que la seule solution c'est de mettre une coquille en plastique (comme pour les scooters) recouvrant tout le corps, mais les jours de grand soleil, ça chaufferait un peu trop, il faudrait donc un matériel solide et facilement repliable, la science nous offrira certainement ça dans quelques années... Mais est-ce-que ça donnera plus de bonheur dans la montée ? Je ne crois pas... En disant ça, je pense à toutes les voitures qui m'ont doublé, leur conducteur n'était pas plus heureux que moi en train de souffrir physiquement. Un autre exemple : les indiens qui ne souffrent plus du froid et qu'on trouve aujourd'hui confortablement installés dans des réserves (comme au Québec), et qui reçoivent beaucoup d'aide de l'état (ce qui crée beaucoup de jalousie), sont malheureux, ils boivent, se droguent, se disputent. LA FACILITE NE GENERE PAS LE BONHEUR. C'est même parfois le contraire, quand on a bien souffert pour obtenir quelque chose, on en est plus satisfait et donc plus heureux. Arrêtez donc de toujours chercher la facilité, et quand vous avez 6 Km à faire, prenez votre vélo, pas votre voiture ! De toute façon, le temps que vous gagneriez en prenant votre voiture vous le perdriez ailleurs inutilement. Après cette lente ascension, je suis descendu dans l'obscurité pour arriver dans la nuit à Silver Cliff où j'ai trouvais une place tranquille dans le "town Park" (parc du village). Le lendemain, avant mon départ pour des vents de face d'au moins 100Km/h, Ivan (la terreur) est passé me voir. Grand, fort, 35 ans, célibataire, il s'occupe de la maintenance du village (450 habitants) : entretien du parc, des routes, récupère les animaux perdus, etc.
Il est midi, c'est la pause "hotdog" pour lui, il passe dans un "fast food" (la nourriture rapide, juste 5mn...) puis revient me voir après m'avoir ouvert les toilettes du parc (pour l'eau). Je lui montre ma grande carte du monde, le trajet fait et ce qui reste à faire. Bien-sûr, il n'en revient pas... Il me suivra sur internet.

11 septembre 2002

Anniversaire des fameux attentats sur les Twins Towers de New-York. Aujourd'hui, il faut s'habiller de bleu blanc ou rouge (c'est aussi les couleurs des US sans les étoiles), puis à midi, tout le monde s'arrête de bouger, met sa main sur son coeur pour prier et penser aux morts de la nation (c'est ce que je lis dans les journaux). Moi bien-sûr, j'avais prévu de mettre sur le panneau derrière mon vélo quelque chose du genre "Aujoud'hui, je pense aussi aux plus de 3000 civils Afghans tués par votre armée", mais il pleut et je suis perdu dans la montagne, il ne risque pas d'être lu par grand monde mon panneau...
Sinon, après de nombreuses recherches sur des faits bizarres de ces attentats (avion ou missile sur le Pentagone ?, la CIA savait qu'il y allait avoir des attentats, etc.), on commence à dire, et des gens sérieux, que la CIA a laissé faire pour pouvoir mener avec une bonne excuse sa politique guerrière... Pour ceux qui ne le croient et ne le comprennent pas, vous avez toujours ce texte : ["l'empire en guerre"], ou intéressez-vous par exemple au pourquoi JF.Kennedy a-t-il été tué ? Le fameux film "JFK" l'explique un peu...

Les indiens du 21ème siècle (12 sept 2002)

Ce soir, alors que je m'apprêtais à planter ma tente sur le bord d'un large chemin de terre (il y a toujours des clôtures partout), un vieux 4×4 Ford est passé, m'a regardé, et a fait marche arrière pour me parler. Je m'approche afin d'expliquer ma situation. A l'intérieur, c'est un tout petit bonhomme (Peter, 60 ans) assez baraqué et excité (je crois qu'il a bu un peu trop au village). Il sort de son 4×4, me dit que c'est dangereux de rester ici, qu'il y a plein de "bandidos" partout, qu'il peut m'offrir un endroit sûr, dans la montagne loin des dangers de la ville, ici les gens sont tous fous, etc. Il parle un mélange d'espagnol et d'américain. Bon, je n'ai pas trop le choix, je ne peux refuser son invitation... puis je sens que ça va être une sacrée aventure !
Donc, c'est parti ! Il me dit qu'il habite à 5Km d'ici, comme le vélo est très difficile à porter et que je ne veux pas de casse, je me propose de le suivre en pédalant. Mais bon, c'est la nuit, ça monte, je ne voie pas bien où ma roue s'enfonce dans ce chemin de terre, puis on est toujours à plus de 1500m d'altitude, je m'essouffle vite... Lui, dans son vieux 4×4 il fonce toujours autant exité. Il finit par s'arrêter et sort une corde qu'il s'apprête à fixer sur mon vélo ! Moi : "non, non, c'est trop dangereux !" Si j'avais accepté, c'est sûr, je ne serrais plus là pour vous raconter. Puis, à deux, on réussi finalement à monter le vélo dans son 4×4, entre des grandes fenêtres posées pelle-mêle, il y aura de la casse...
Sur la route, Peter parle toujours autant, il regarde à peine l'étroit chemin, mais on s'en tirera... Arrivé en haut dans la montagne, je vois deux vieilles petites caravanes, et deux chiens autour d'un feu qu'Iron entretiens. Iron, c'est un ami de Peter, il est très grand (1,85m), a une petite queue de cheval derrière la tête, une peau sombre, et un visage très fort où la mâchoire tiens une grande place. On décharge mon vélo, cette fois en douceur, et mes affaires qu'Iron met dans sa caravane, c'est avec lui que je dormirai. Puis on rentre dans la caravane de Peter, où il nous sert un espèce de potage de pâte avec des chiles (poivrons), qu'on mange avec des biscuits (biscuits style ration de survie) tout en discutant. Je suis sur le terrain de camping d'indiens de Californie (des Patwin). Peter a eu 3 femmes et 4 enfants, dont 3 sont aujourd'hui dans l'armée. Il a pas mal voyagé quand il était jockey. Son frère aussi était jockey, et il en est mort, me dit-il. Iron (37 ans), qui ne parle pas beaucoup, a grandit à Los Angeles (les anges !?) avec la drogue et la mafia. Il sort de sa poche un énorme revolver (357 Magnum si je me souvient bien)... A propos d'arme à feu, on ne s'en rend pas bien compte sur place car tout est caché, mais aux USA je crois que pratiquement tout le monde a un revolver chez soi ou dans sa voiture. Je vois parfois des grandes carabines derrière le siège des conducteurs. Puis dans les grands supermarchés, il y a toujours un grand rayon où on trouve tout ce que l'on veut. Donc, Iron et son Magnum... il le déposera pour la nuit dans la cabane de Peter afin de ne pas être tenté de l'utiliser si je l'embête pendant la nuit (:-)). Enfin, c'est plutôt lui qui m'embêtera : il passe son temps à boire de l'eau glacée et donc à sortir de la caravane pour uriner... D'après ce que j'ai compris, il a plusieurs cancers (estomac, reins) et se fait des piqûres régulièrement dans le ventre. Il pesait 150Kg (!) avant, et ne pèse plus que 80Kg maintenant. Il est en train de mourir comme il dit. Donc "good night, god bless you" (bonne nuit, dieu te protège). Le lendemain matin, beau soleil, je vois un peu mieux où je suis. Peter nous fait du café, j'apporte mes biscuits et on déjeune tranquillement sur une vieille table de bois à l'ombre des arbres en écoutant le long (1h !) discours de Bush à la radio qui dit qu'il faut faire la guerre à l'Irak ! "Bush is mad" (fou) Peter me dit. Un avion de chasse qui passe... non, pas d'inquiétude, c'est juste un entraînement. Le feu que j'ai vu allumé hier soir a été fait par Peter, c'est de la terre cuite, il a même fait un petit emplacement pour faire cuire une tarte. Sinon, pour l'eau, ils vont très haut dans la montagne remplir de gros réservoirs (plus de 50L). Là haut, l'eau n'est pas polluée par les produits de la ville. Puis ils gagnent de l'argent en bricolant par ci par là et en vendant par exemple des gravures sur bois. Par chance, Peter doit aller en ville, j'en profite pour l'accompagner, ça m'évitera de traverser se terrain de cross à vélo. [photo 115-1543]
Puis je prends un raccourci dans la montagne : une piste qui monte sur 30Km (1600m à 2800m). Là j'évite de justesse un long serpent marron qui dore au soleil, il y a beaucoup de serpent dans la région, des serpents à sonnette aussi. Malheureusement, après cette montée, ça souffle encore beaucoup et malgré les 2-5% de descente sur plus de 20Km, avec ce vent de face je ne vais pas dépasser les 20-30km/h (au lieu de 50-60Km/h sans vent).
Le soir j'aperçois de gros éclairs, au loin, tout autour de moi dans les montagnes. Les "chiens-loups" en ont peur et hurlent à chaque éclair. Le lendemain, j'aurais la pluie toute la journée... et je ne bougerais que le soir pour aller chercher de l'eau au prochain village.
Deux jours plus tard (14 sept 2002), j'aurais droit à un gros vent de dos, sur du plat qui me permettra de faire plus de 42km en une heure ! Mais aussi de faire des pointes de vitesse à 90km/h ! C'est marrant comme à cette vitesse là le bent reste très stable. Je fend l'air, comme une fusée. Et au bout d'une minute à 80Km/h, j'ai l'impression de rouler à 20Km/h !

Nouveau Mexique (14 sept 2002)

Après Taos, ville hyper touristique sans intérêt pour moi, je prends la direction de Santa Fe (capitale du Nouveau Mexique, 2135m, la plus haute capitale des United States of America). L'arrivée à Santa Fe est des plus désagréables. Plus je m'en rapproche et plus il y a de voitures. A la fin, je roule sur une 2×2 voies au trafic très dense. Puis ça monte encore ici, 90% des pots d'échappement crachent leurs gazs toxiques à droite... je vous laisse imaginer ce que je respire... Puis les vélos sont toujours autant maltraités... Même avec mon écarteur de danger, on me frole à 100Km/h ! Donc, je me mets au milieu de la première file pour les obliger à rouler sur la file de gauche, et quand ils arrivent à ma hauteur, je reprends ma droite. Le pire c'est qu'il y a beaucoup de conducteurs qui ne comprennent pas, parfois ils ralentissent en attendant derrière moi au lieu de passer à gauche ! Ca explique mieux toutes ces croix le long des routes, j'en vois une bonne 10aine par jour.
Le soir je trouve un bon coin d'herbe près de bureaux (on est dimanche), mais un gardien me vire... en pleine nuit ! Pas moyen de discuter bien-sûr.

Made in China

Avant de quitter les Etats-Unis par El Paso, je fais quelques courses dans un très grand supermarché. Ca fait bizarre de voir qu'ici tout est "made (fabriqué) in Taiwan" ou "made in China". Tout, absolument tout, sauf l'alimentation : les outils (même de qualité), l'informatique, l'électronique, les habits, les vélos, les articles pour voiture, la vaisselle, etc. Puis une grande marque Américaine vient poser son nom sur l'article. Quel bénéfice ça doit être pour les chefs d'entreprises américains ! J'imagine toute l'Asie travaillant plus de 10h par jour en gagnant une misère, tout ça pour satisfaire l'appétit consommateur de millions d'Américains. Est-ce une nouvelle forme d'esclavage ?
Enfin... les chinois s'enrichissent et s'enrichiront aussi. Il faudra aussi en faire de bons consommateurs pour que Ford ou Nestlé puissent vendre toujours plus. Imaginez l'Asie et l'Afrique aussi riche que les pays du nord, chacun 2-3 voitures climatisées, de superbes autoroutes partout, une pollution gigantesque, l'asphyxie de l'humanité...
Enfin, on y est pas encore... D'après mes calculs, l'essence coûte aux Etats-Unis 2FF/litre, ce qui représente environ 0,025% d'un salaire moyen. En Afrique, à Dakar, où le salaire moyen est de 500FF par mois, l'essence coûte env. 5FF/litre, ce qui fait 1% du salaire...

Déroulement d'une journée en Amérique du Nord

Au lever du jour (vers 6h), je suis en général réveillé par les oiseaux qui revivent après une nuit de ténèbre. Comme je n'ai pas encore fait mes 9h de sommeil, je me ré-endors jusque 8-9h, là j'ai dormi plus de 10h, c'est bon. J'annote sur un fichier excel de mon PSION toutes les photos numériques prises la veille, puis remplit mon carnet de route. Donc 1h plus tard, et déjà 10h, je sors de la tente. J'enlève la grande bâche qui cache et protège de la pluie le vélo, j'essaie de mettre en plein soleil les habilles qui doivent sécher et le panneau solaire, puis je déjeune : thé avec tartines de confiture ou crêpes au sucre (mais ça me prend une heure de plus, donc j'essaie d'éviter...), et quelques fruits. Je me lave bien les dents, puis range soigneusement toutes mes affaires. Sachant que tout le matériel doit tenir au moins 4 ans, j'y fais très attention. Après avoir tout bien rangé et attaché sur le vélo (il n'y a que deux gros élastiques), je vérifie soigneusement que rien n'est resté au sol.
Normalement, je ne pose rien directement sur l'herbe, mais tout dans la tente ou sur la bâche-vélo ; donc je ne peux rien oublier. Dans tous les cas, pour la journée il faut toujours prévoir le pire... donc pouvoir accéder rapidement au sac à outils (en cas de crevaison), aux vêtements imperméables (s'il pleut), et aménager l'intérieure des sacoches de façon à ce que rien ne soit cassé en cas de choc très violent (appareil photo bien protégé, bouteille d'huile bien fermée et recouverte d'un plastique, etc.).
Vers 12-13h, je décolle. Dans la journée, je fais à peu près une pause de 15mn toutes les heures pour manger quelques fruits ou des tartines de confiture. Vers 17h30, je commence à rechercher un endroit pour faire le plein d'eau (bidon de 5 Litres). En général je vais dans les toilettes d'un restaurant, trouve un robinet le long d'un mur, ou demande à quelqu'un qui arrose sa pelouse, dans le pire des cas, je sonne chez un particulier. Vers 19h (1h avant le couché du soleil), je me trouve un bon terrain de "camping gratuit". Il ne faut pas trop de bruit (s'éloigner de la route), une surface plutôt plane, et surtout pas trop de moustiques (éviter les forêts et les bord de rivière). Si vous voyez un moustique en arrivant, vaut mieux partir car il y en aura beaucoup d'autres. La première chose que je fais une fois le terrain de camping choisi, c'est de remplir ma bassine pliable d'eau, y nettoyer mon maillot, puis m'y laver. Je plante alors la tente. Faites attention où vous plantez votre tente, vérifiez bien la surface (trous, pierres, etc.), si vous vous mettez sous un arbre, levez la tête et regardez s'il n'y a pas une grosse branche prête à tomber. Pensez au pire ! La tente dois toujours être parfaitement montée avec des sardines bien fixées dans le sol... ce n'est pas en pleine nuit sous la tempête que vous pourrez mieux fixer le tout. Après je mange mes 300g de pâte. Je me lave bien les dents, puis étend sur le vélo une grande bâche (en polyester, léger et pas cher) que je fixe avec 3 élastiques. Une fois dans la tente, je regarde dans le noir sur le petit écran de l'appareil photo numérique toutes les photos prisent dans la journée et efface les moins bonnes. Puis je lis un livre pendant environ 2h grâce au rétro-éclairage du PSION. Vers 22h30, je m'endors.

 

Quel plaisir d'arriver au Mexique !