Au programme :

EQUATEUR
Les îles de Galapagos (27 avril 2003 - 27 mai 2003)
Virgen de Monserrate (23 mai 2003)
Guayaquil (30 mai 2003)
16200 Km
Famille Andrade Casalombo (1 juin 2003)
Les voleurs (3 juin 2003)
Guaranda - Riobamba, dur, dur.

Nick (8 juin 2003)
Les chiens
Une journée de montagne, normale (13 juin 2003)

Matériel (pour ceux qui partent)

Sud de Vacabamba (17 juin 2003)
Conclusion

PEROU
Entrée au Pérou (19 juin 2003)
1 an de voyage (25 juin 2003, Chiclayo, nord Pérou)
Hospitalité dans la brousse ? (23 juin 2003)

Changement de pancarte
Le vent
Le problème des touristes et de la télé

Lima

Pourquoi font-ils ces guerres ?
Nasca


Route Nazca-Cuzco (montée des Andes)

Machu-Picchu et la mafia locale
Cyclo-touriste ou cyclo-aventurier
20 000Km (30 juillet 2003)
Ecologie
Lac Titicaca

Pour ceux qui partent

Conclusion Pérou

BOLIVIE
Plus de train ici, et ailleurs ?

La Paz
Radiateur en panne
Passage en Antarctique Uyuni (13 août 2003)
Potosi - Sucre (23 aout 2003)
Che Guevara - La Higuera (26 aout 2003)

Physique, l'altitude et l'attitude de l'air
Carte "optimiste"
Sortie des Andes (fin aout 2003)
Conclusion Bolivie

 


trajet Amerique du sud (80Ko)

L'EQUATEUR

trajet Equateur.gif, 100Ko

Les îles de Galapagos (27 avril 2003 - 27 mai 2003)[carte des îles]
Les Galapagos sont surtout connues grâce au voyage de Charles Darwin (1809-1882) en 1835 sur le grand voilier "Beagle". C'est principalement ici qu'il a élaboré sa théorie sur l'évolution des espèces qui a tant gêné tous ces gens qui croyaient que Dieu avait créé l'homme. A l'époque, l'on croyait aussi au fameux " la fonction crée l'organe " : un poisson transformé ses nageoires en pattes pour marcher sur terre et trouver plus de nourriture. Aujourd'hui, les scientifiques nous dissent que le poisson ne s'est pas créé des pattes mais qu'il les a obtenu à cause d'une malformation. Ses pattes lui permettant de mieux vivre, il s'est très bien développé avec cette " malformation " et par sélection naturelle, ceux qui naissaient sans cette difformité mourraient.
Au îles des Galapagos, l'on trouve aujourd'hui les plus importantes colonies d'iguanes marins du monde, et tortue géante (ou galapago).
Arrivé aux Galapagos (photo du vélo img_3020.jpg), Emile (capitaine du bateau) et moi, on va faire les papiers d'entrée (30euros), puis les papiers de douane (160euros!). Les autorités ici ont décidé de se faire beaucoup d'argent avec les pauvres voiliers de passage... Mais ceux qui arrivent en avion doivent aussi payer 100euros/personne ! Et sur les îles, rien de bien formidable d'après moi. Juste beaucoup de phoques, des iguanes de mer [img_3147.jpg] puis des tortues qui peuvent vivrent jusqu'à 200 ans, tout en se passant de manger et boire pendant parfois 1 ans [img_3109.jpg]. Il y aussi encore pas mal de frégates [img_3168.jpg, img_3166.jpg], péliquants [img_3169.jpg], fou de bassant, boby à pattes bleues [photo boobiebleu5.jpg], requins [photo img_3142.jpg], etc. Je vais donc passer 1 mois aux Iles des Galapagos. J'y retrouverai beaucoup de voiliers connus à Colon (au canal du Panama). Des amis qui m'inviteront à bord et m'emméneront sur les autres îles. Puis pour retourner sur le continent Sud Américain, je prendrai le Monserrate.


Virgen de Monserrate (23 mai 2003)
C'est un cargo vert de plus de 50 ans, en triste état qui m'emmènera des Galapagos jusqu'à Guayaquil (Equateur). Après négociations, le prix descent à 70$ (au lieu des 120$ du début), repas compris. Comparé aux 250$ de l'avion, c'est intéressant. L'inconvénient quand même c'est que je n'ai pas de cabine. Je passerai la première nuit sur le pont avant, dans le froid et l'humidité. Puis les autres nuits dans le bruit de la salle télé, avec les boules quiets dans les oreilles. Mais ça ira. L'équipage m'acceptera très bien. Les repas seront : riz le matin (6h), riz le midi (12h), et riz le soir (18h). "Du riz, du riz, toujours du riz, c'est pas de la nourriture pour des européens !" (Hugue Aufray). Avec parfois une soupe en entrée (dur à 6h du matin) et du poisson qu'on pêchera en route, ou quelques bouts de viande (photos : img_3177.jpg, img_3178.jpg, img_3179.jpg).
Avant de partir pour Guayaquil (Equateur), on fait le tour des 3 principales îles pour déposer de la cargaison et emmener sur le continent, entre autres, des bouteilles vides et des vieilles voitures.
A 10 noeuds de moyenne, on arrivera au bout de 3 jours, vers 14h. Je débarque mes affaires acrobatiquement [photo img_3186.jpg]. Quand je commence à rouler sur le vélo, tant observé par l'équipage, tout le monde se met à rire. Grands signes d'adieu.

Guayaquil (30 mai 2003)
Ca fait longtemps que je n'ai pas roulé dans une grande ville (depuis le 3 mars 2003). Je cherche un nouveau panneau solaire pour remplacer le mien, cassé depuis Colon (Panama), mais sans succès.
La zone présidentielle a été refaite à neuf. Malgré de beaux quartiers, je fuie rapidement cette ville polluée et parait-il dangereuse.
Encore un bus qui veut m'écraser... un petit coup de sifflet ... sauvé.
En quittant Guayaquil, je vais droit sur les Andes (cap 50º) en passant par Babahoyo, Guaranda et Riobamba.
L'Equateur est le plus grand exportateur de banane au monde (vous les mangez en France : "Dole"). C'est aussi un très gros producteur de riz. Je suis justement dans les rizières actuellement. Il y a plein de moustiques partout. C'est encore la saison des pluies ici (juin). Disons qu'il pleut un jour sur deux (photo img_3203.jpg).

16200 Km
Mon compteur kilométrique n'a pas beaucoup bougé ces 3 derniers mois (depuis Panama). Mais je n'ai pas tant de difficulté à me remettre à pédaler. Puis ici, dans la région de Guayaquil, c'est plat et au niveau de la mer. Les problèmes viendront plus tard...

Famille Andrade Casalombo (1 juin 2003)
La nuit et la journée avaient été dures. Beaucoup de pluie, et une montée de plus en plus montante. Je roulais dans la gadoue. Heureusement, il n'y avait pratiquement pas de trafic. Juste quelques bus et petites camionnettes. 16h30, la nuit s'approchait. Il fallait que je fasse le plein d'eau et que je me trouve une place correcte pour planter la tente. Mais pas facile, sous la pluie en montagne. Puis une camionnette s'arrête pour me proposer de monter avec eux. Ils ne vont qu'à 6Km plus loin. Je refuse et continue ma route. 6Km plus loin je les retrouve tous sur le bord de la route à m'attendre. Ils m'invitent chez eux. La maison d'accueil sera assez éloignée de la route, de l'autre côté de la rivière. Pour ne pas tout transporter mon équipement, il faudra prendre le risque de laisser le vélo chez un habitant du petit village en bordure de route.
Je vais vivre 2 jours avec les "Andrade Casalombo". Il y a Olmes (20 ans), Maria (17 ans), Jenny (15 ans), et Janeth (12 ans). Puis le père Gustavo (40 ans) et la mère Mariana. Ils vivaient avant à Quito où Gustavo était chauffeur de bus. Mais il en a eu marre et a décidé d'aller à la campagne, où la vie est beaucoup moins cher et agréable. Le reste de la famille a dû suivre. C'est surtout les jeunes filles qui ne sont pas très contentes de cette situation. Mais pour vivre, ici il y a tout. Pas grand chose à acheter. L'eau potable coule du haut des montagnes. Il y a toutes sortes de fruits, légumes, etc. Ils ont des cochons, des poules, un cheval. La famille fait son sucre de canne. Bref, c'est le paradis, loin de la pollution de la ville !
Moi, entre les repas et les explications de mon voyage, je vais beaucoup jouer aux cartes avec les enfants. Ils m'apprendront leurs jeux et je leur apprendrai les miens. Malheureusement, pas de jeu de Tarot ici...
Ils ne veulent pas que je parte, mais j'ai encore beaucoup de kilomètres à faire...

Les voleurs (3 juin 2003)
Après ce doux moment en famille, je continue à monter (de 700m à 1500m). Aujourd'hui, il ne pleut pas. Mais à force de monter, je me retrouve dans les nuages. On n'y voit plus beaucoup. Comme je ne suis pas encore habitué au manque d'oxygène, je suis épuisé. Difficilement, en poussant le vélo, je vais faire 12Km aujourd'hui ! Un record ! En fin d'après-midi, je suis toujours dans les nuages. Je m'inquiète un peu car il n'y a plus de maison, et n'ai plus beaucoup d'eau. Un camion s'arrête. Une famille dedans. Ils me demandent si je veux monter avec eux. Je dis non. Ils insistent, me disent que Guaranda (prochaine grande ville) est très loin, que je n'y arriverai jamais (j'aurais mis 3 jours), etc. Je finie par accepter, puis j'entends la mère parler de "20$". Je la regarde, puis reprends mon chemin en poussant mon vélo. Mais ils ne me lâchent pas, roulent doucement derrière moi. C'est "gratis" maintenant. J'embarque.
Je veux rester dans la benne à l'arrière avec mes bagages, mais ils insistent pour que je monte à l'avant avec eux. Ca permettra de discuter. La benne est bien fermée.
A force de monter, on finit par sortir des nuages. Là haut (à 3000m), il pleut fort. La route, à peine plus large que le camion, se transforme en bourbier glissant. Beaucoup sont tombés en contrebas...
Le paysage est superbe.
On s'arrête un moment pour changer l'eau du radiateur (moteur) par de l'eau bien froide des montagnes. La mère insiste pour qu'on bâche la benne, je lui dis que ce n'est pas la peine, mes affaires sont étanches, mais le plus âgé des enfants (Roberto, 18 ans env.) est déjà en train de bâcher. On repart, je m'aperçois que Roberto est resté dans la benne avec mon matériel. Comme on discutent gentiment, je ne proteste pas. C'est vrai qu'on étaient serrés à 7 dans la cabine.
Arrivé chez eux, un peu avant Guaranda, le père gare le camion, tout le monde descend. J'ouvre la benne, Roberto est déjà sorti (par le toit). Je m'aperçois tout de suite que toutes mes sacoches ont été ouvertes (il ne les a pas fermé comme je les ferme). Je me fâche, appelle Roberto et descends mon vélo. Roberto ne dit rien, il remonte dans la benne avec son père tandis que je fais le point, en bas, de ce qui a été volé : petite sacoche cuisine, appareil photo argentique, pince pliable. Roberto remet tout discrètement dans les sacoches que je n'ai pas encore descendu du camion...
Il fait déjà bien noir, je ne trouve rien de plus. Tout ce qui m'a été volé est rendu. Je fuis cet endroit malfamé, pour m'arrêter un peu plus loin sous la lumière d'une boutique afin de vérifier d'avantage. Il n'a pas touché à l'argent. Par chance, durant ce vol, il a ouvert la sacoche la plus importante en dernier et n'a pas eu le temps de tout voir.
Il pleut encore fort. J'irai camper dans une maison en construction.
Le lendemain matin, je m'aperçois qu'il manque mes lunettes de vue. J'avais vu l'étui hier soir dans l'une des sacoches, mais pas eu le réflexe de l'ouvrir pour vérifier sa contenance. Trop tard, le camion n'est plus là, Roberto non plus. Les voisins ne veulent pas me donner son nom. Ils finissent par me dire qu'il rentre à 15h, encore un mensonge de plus... Je leur dis que vais revenir avec la police. Ca ne les inquiéte qu'un peu. Bref, mes lunettes sont perdues, peut-être déjà cassées d'ailleurs, puisqu'il n'a pas pris l'étui avec.

Cette mauvaise aventure est un bon avertissement. J'avais lu qu'au Péru, Bolivie, le sport national était le vol, on peut ajouter aussi l'Equateur (le futur me le confirmera). Ca me rappelle aussi qu'il faut toujours éviter de monter dans un camion, soit on a un accident de la circulation, on oublie / perd quelque chose, ou on se fait voler.
A Guaranda, j'entre dans un cybercafé assez cher, je demande s'il y en a un autre, on me crie bien fort que non ... 200m plus loin, j'en vois un autre ! C'est un peu comme en Afrique, on ment très facilement ici !

Guaranda - Riobamba, dur, dur.
De Guaranda (photo img_3219.jpg) à Riobamba il y a deux routes. Une facile avec tous les pollueurs routiers et une difficile sans trop de pollueurs. Je prends bien-sûr la deuxième.
Et pour être difficile, ce sera très difficile. Mais le paysage vaudra le coup.
Le premier soir je plante ma tente pas très loin d'un pâté de maison. Les gens de la montagne me regardent tous de loin. C'est les enfants qui viendront me parler en premier. Très rapidement je suis entouré d'une quinzaine d'enfants et de quelques mères de famille qui disent "attention" (suis-je dangereux ?...). Quand je me lève ou me déplace, la foule s'écarte... Certains s'enfuient même en courant, de peur du grand "gringo" (étranger). Les gens parlent ici le Quechua, mais je peux converser avec les enfants qui apprennent l'espagnol à l'école. Ils sont habillés à l'ancienne. Dommage qu'ils n'aiment pas les photos. Je montre ma grande carte du monde, mais ça n'intéresse personne. Ils ne connaissent absolument rien en géographie, même Quito, leur capitale, ils me disent que c'est au sud (en faisant signe) alors que c'est au Nord. Le lendemain matin, à 7h30, il y a déjà du monde autour de ma tente. J'essaie d'écrire mon journal, mais avec leurs questions incessantes, pas moyen (photo img_3227.jpg). Je sors, et comme n'ai plus beaucoup de pain, je fais des crêpes (en leur en donnant), ça, ça les intéresse ! Puis tout le monde finit par partir, vaquez à ses occupations.
Sur la "route" (piste en triste état), avec la pluie et les nuages, j'apprécie nettement moins le paysage. Qu'est-ce que je suis venu faire dans cette galère. Je rencontre à peine 5 voitures dans la journée. Le soir, en faisant le plein d'eau dans une chute d'eau près de la route, je rencontre des jeunes qui ramènent le troupeau. Ils sont là à me regarder, laissant le troupeau partir seul. Et quand je pars, ils me demandent de l'argent...
Il pleut toujours. La tente sera plantée avec beaucoup de précaution, l'eau ne doit pas rentrer. 3800m d'altitude, 2ºC cette nuit.
Le lendemain, c'est le 3ème jour de montée (20Km/jour). Je passe les 4200m d'altitude, puis ça redescend... enfin ! Avec le froid, les jantes ne chauffent pas trop, mais j'ai vite mal aux mains à freiner par à-coup.
Arrivé à Riobamba (2700m d'alt.), je me trouve une place tranquille avec gardien au service des eaux de la ville.
Le lendemain, grosse pluie. Je trouve par hasard une dynamo de 20v 10 Watt, parfaite pour remplacer mon panneau solaire cassé depuis Panama. Puis je vais bricoler chez un réparateur d'électronique. Il n'a rien à faire et veut bien me prêter son établi (3h). J'y réparerai le rétro-éclairage du PSION (encore une nappe qui a cassé), le capteur externe de mon thermomètre, et différents cablages.
En sortant de Riobamba, c'est très pollué. Puis les camions ont souvent ici 2 pots d'échappement ! Pour polluer 2 fois plus ! J'imagine que c'est à cause du manque d'oxygène...

Nick (8 juin 2003)
Il me rattrape dans une montée essoufflé au sud de Riobamba. Nick (35ans) est un américain de San Francisco qui fait Alaska-Ushuaia depuis 1 an en VTT (www.the-road-south.com). Il n'a pas mis de drapeau Américain sur son vélo et quand on lui demande d'où il est, il répond d'Alaska... Il est contre la guerre, comme beaucoup de voyageurs américains qui arrivent à s'échapper du climat ambiant de là-bas, et anti-Bush.
Sur les pays qu'on a traversés, il a les mêmes points de vue. Il a détesté l'Amérique Centrale, en particulier le Costa Rica (très dangereux avec les camions) et le Salvador (trop américanisé). A bien aimé le Guatemala et surtout le Mexique. Pour la région de Washington DC, que je n'avais pas beaucoup aimé, avant même que j'en parle, il me dit qu'il avait détesté et qu'il évite d'ailleurs de rouler aux USA.
On va passer 4 jours ensemble. Malgré le fait qu'il soit beaucoup plus léger que moi, 30Kg de moins, je serrai assez souvent devant. Sauf dans les montées où il me dépassera presque systématiquement. Mais je ne serai jamais loin. Le bent (Distance de Challenge) est plus lent dans les montées mais plus rapide sur le plat et les descentes.
Un soir, Nick se fera voler un mitaine par des enfants avec qui on discutaient tranquillement et à qui j'avais donné une mandarine [photo]. Ils auraient pu prendre les deux, c'est plus utile...
Je dis à Nick, que je ne peux pas le suivre, qu'il est trop rapide, il sourit en me disant que c'est moi qui est trop rapide... C'est vrai que, depuis qu'on s'est quitté (à Cuenca), il ne m'a toujours pas rattrapé. (Petit film de 1,2Mo à Cuenca)
A deux, on a tendance à forcer beaucoup plus car on ne veut pas faire attendre le partenaire. A deux, on faisaient du 80Km/jour en montagne ! Seul, je fais du 50Km/jour en montagne. Et du 100Km/jour sur du plat.

Les chiens
Ici le problème a quadruplé... En effet, c'est plus 1 ou 2 chiens par maison, mais 4 au minimum. Et avec leur boulot de "chien de berger", ils ont l'habitude, d'aboyer sur tout ce qui bouge.
Quand on arrive près d'un pâté de maison, il suffit qu'un chien donne l'alerte et nous voici entourés d'une 10aine aboyant à crever les timpants. Mais j'ai toujours mon baton... je vais bientôt faire mal (ce n'est pas encore arrivé).
Du petit parcours fait avec Nick, j'ai pu m'apercevoir qu'un vélo classique à beaucoup plus de problèmes avec les chiens qu'un bent. Quand ils me courent après, ces imbéciles de chiens, ils restent à l'arrière du bent et n'osent pas trop approcher le pédalier. Mais avec Nick et son vélo debout, les chiens foncent directement sur son pédalier, et ces mollets. Puis, dans une montée, Nick ne peut pas trop lâcher le guidon, c'est ses bras qui lui permettent de pousser sur ses pieds. Moi ça va, même dans une montée, je peux lâcher mon guidon pour montrer mon beau bâton à la mâchoire qui s'approche trop. Cela dit, j'ai déjà été pris de vitesse par un chien qui a donné un gros coup de gueule dans une sacoche (sans l'arracher heureusement).

Une journée de montagne, normale (13 juin 2003)
La veille avait été difficile, puisque j'étais passé de 2500m à 3600m d'alt. Puis dans l'après-midi, il s'était mis à pleuvoir. Comme je n'avais plus d'eau, j'avais dû rouler un peu sous cette pluie et m'étais beaucoup refroidi. Nuit sous la pluie, à 4ºC...
Le lendemain matin ça va mieux ; je rappelle qu'il pleut un jour sur 2 ici. Je descend de 3600m à 1900m à 60Km/h de moyenne (je croise un couple d'anglais qui montent, www.spokesforstrokes.com). Puis arrivé en bas, ben... il faut bien remonter ! Donc montée de 1900m jusqu'à 2800m, à 5-10Km/h, juste quelques heures de durs efforts. Puis en haut ça redescend à 2000m, zut ! Pour bien sûr remonter jusqu'à 3200m ! Et pour redescendre de nouveau à 2200m ! Entre ces montées/descentes, je vais chercher du pain, mais la seule vendeuse que je trouve n'a pas de monnaie sur 5$. Elle aurait pu me proposer d'autre chose à acheter ou aller chez le voisin pour faire de la monnaie, mais elle n'a pas l'air décidée à vendre ; je reste gentil.
Bref, après tant d'efforts, le soir, je n'ai plus de pain, plus de pâte, et presque plus d'eau ! Pas la peine d'aller demander à la maison d'à côté, ils me diront qu'il n'en ont pas... Heureusement, la lune est là pour m'éclairer et me consoler.
Le lendemain, ça montera encore... Et il pleuvra... Je vais pousser le vélo dans la boue pendant plusieurs heures, puis camper sous la pluie au milieu de nul part.
Maintenant, en face d'une descente, je suis comme un âne qui refuse d'avancer. Je reste 5-10mn à attendre inquiet et à chercher une autre solution que cette descente. Mais... "pas d'autre Alternative"... que cette descente, cette régression sociale vers le néolibéral...

Sud de Vacabamba (17 juin 2003)
Après Loja et Vacabamba (sud de l'Equateur), ça monte encore un peu puis redescend à 1200m. D'un coup, on retrouve les grosses chaleurs. Mon corps n'est plus habitué, je m'asperge avec la mauvaise eau que je trouve. Tout est sec ici, paysage de montagne, mais désertique. Qui dit montagne, dit remontée, jusqu'à 3000m !
Mais je vais mettre 2 jours à remonter. C'est la piste la plus paumée que j'ai prise depuis mon départ du 25 juin 2002. Un chemin large comme une voiture, que tous les habitants m'ont déconseillés. Mais le gros avantage c'est que des voitures, il n'y en a plus ici ! La paix. Plus de danger. J'aurais le temps d'admirer le paysage. En arrivant à Gonzanama, là où on retrouve la route qui va au Pérou, ça descend enfin. Mais quelle descente ! Du -15% sur une piste sableuse caillouteuse où je ne peux dépasser les 13Km/h. Il est 18h, la nuit tombe, j'arrive un peu tard. Repas au "resto" à 1 euro, plein d'eau, et recherche d'une place pour camper loin des chiens.
(Petit film de 6,5Mo)

Conclusion
Ne comptez pas sur moi pour vous dire que l'Equateur est un pays formidable. En fait, à part quelques exceptions, les gens ne sont pas d'une grande hospitalité.
Les gens ne disent pas toujours facilement bonjour ici. Si je ne lève pas la main personne ne dit bonjour (malgré le bent, voir plus bas). On se fait parfois courir après par des jeunes qui nous demandent de l'argent, etc.
Mais la montagne est belle.
La montée vers les Andes était aussi dure que je l'avais imaginé. Et malgré, mes 3 mois d'arrêt depuis Panama, ma condition physique était encore bonne. Mais je suis beaucoup trop lourd pour faire de la montagne facilement.
17 126Km.

dollarisation en Equateur



LE PEROU

 

Pays un peu plus grand que 2 fois la France.

Entrée au Pérou (19 juin 2003)
Passage à Macara (600m d'altitude), puis passage frontalier gratuit sans problème.
Au sud des Andes Equatoriennes, il y a fallu descendre. Plus de route dans les montagnes, je rejoins la côte pacifique. Dans quelques semaines, il faudra donc remonter.
Le paysage est devenu très laid. C'est vite désertique, plein de déchets partout. Les chèvres se déchaînent sur les feuilles des arbustes, et le désert avance... Mais le gouvernement bouge un peu (photo : img_3371.jpg)
Le désert est de retour, les vautours aussi. Ceux-ci s'occupent de tous les chiens, ânes, vaches, chevaux, etc. écrasés par les pollueurs routiers. (Petit film de 1,7Mo)
A Sullana, première grosse ville, je passe par le "marché" c'est pire qu'un souk africain. Des baraques en bois, la poussière, les mouches, le bruit, la pollution des voitures/camions/motos, etc. A pied, ça irait, mais à vélo, c'est très dangereux. Il faut éviter les trous par terre, éviter les chauffards, les gros nuages noirs de pollution, ne pas être perturbé par le bruit, les cris, et trouver la boutique qui vend du pain !
En fait, je vais vite comprendre que par ici, le Pérou c'est l'Afrique mais sans l'hospitalité africaine que j'ai connue à vélo au Sénégal-Mali-Gambie en évitant les lieux touristiques dans les années 1999. Les gens y sont aussi enfantins, mais sans respect et beaucoup plus bruyant qu'en Afrique.

1 an de voyage (25 juin 2003, Chiclayo, nord Pérou)
Et oui, déjà 1 an que j'ai quitté cette chère France ! (enfin, avec 1 mois de retour causé par l'accident au Salvador)
17600Km parcourus à vélo. (env. 2500Km en bateau)
11 pays.
100aine de jours dans des familles (qui croit encore que c'est un voyage solitaire?).
environ 30 jours passés sur des bateaux.
seulement 1 nuit d'hotel (avec l'américain Nick qui préfére l'hotel au camping sauvage).
1 gros accident au Salvador (après 6 mois seulement).
une 40aine de crevaisons.
Sinon depuis l'accident au Salvador, tout roule bien. Le moral est bon, le physique aussi. J'aime ce mode de vie.Tous les jours des paysages différents, des rencontres différentes. Et sur la carte, on voit que l'on avance... on avance.

Hospitalité dans la brousse ? (23 juin 2003)
La journée sera chaude aujourd'hui (35ºC à l'ombre). Ca monte et descend toujours un petit peu par ici (7%max), mais c'est une route facile. Le problème est pour se ravitailler. Par exemple, je demande des fruits, on me dit à chaque fois, "oui, c'est là-bas", je vais là-bas, rien. Et j'arrive au bout du village sans rien. Un moment, je m'approche d'une maison où plusieurs personnes parlent dehors, je voie la mère courir rapidement jusqu'à son portail pour le fermer (ça arrive souvent ici). Je crie bien haut "bonne après-midi" et lui demande où vend-on des fruits ? J'en vois pendus devant la maison, mais elle me répond qu'il n'y a rien ici... Comme quoi, le fait de savoir la langue du pays ne sert parfois à rien !
A Olmos, je mange au coin d'une rue (poulet au riz, 1euro). Puis je cherche comme tous les soirs une place tranquille pour dormir. Toujours difficile dans ce pays avec tous ces chiens partout, ou ces moustiques (prêt des plantations), ou les gens... partout aussi.
Je finis par trouver une place, à 2-3Km de la ville, un peu dans la brousse. Il y a quelques baraques à côté mais tant pis ! La nuit tombe déjà. A peine ai-je le temps de bloquer le vélo sur sa béquille, que je voie déjà une 15aine de personnes me regarder d'une bute où vit une famille. Ici, ce n'est pas impolie de regarder les gens... Je plante ma tente, fais chauffer mes pâtes, et commence à me laver, les pieds dans ma bassine pliable. Au bout de 20mn d'observation attentive, ils arrivent. L'attroupement reste en arrière, le chef s'approche et me dit, sans même me saluer, que je ne peux pas rester ici, c'est un terrain privé (c'est en fait des espèces de patures pour les chèvres où il n'y a plus que des arbustres morts sans feuille). Je le salue et essaie de discuter. Pas moyen, il continue à me dire que je n'ai pas le droit et que, si je reste là, ils vont appeler la police. Je lui parle d'autre chose, de mon voyage depuis le Canada, que je m'appelle Mateo, j'ai 26 ans, etc. Ah..., maintenant il me dit que c'est dangereux ici car il y a beaucoup de serpents. On avance... Puis il va aussi pleuvoir cette nuit ! Je réponds à chaque fois très poliment, ils finiront par partir. Le lendemain matin des femmes tourneront autour de la tente. Je sors, puis me fais des crêpes en leur en donnant un peu. Elles envoient un enfants me chercher 3 oeufs...
Tout est bien qui finit bien...


Changement de pancarte (photo : img_3406.jpg)
Je vous rappelle la pancarte que j'avais derrière mon vélo :
"Voiture, camions =
. 1500 morts chaque jour dans le monde avec les accidents.
. Pollution.
. Guerres du pétrole (Irak, Yougoslavia, Afghanistan, Irak, etc.)"
En arrivant en Equateur, je me suis rendu compte que les gens n'y comprenaient plus rien. Pour certains, mon vélo s'appelait "voiture camion", j'avais vu 1500 accidents depuis le début de mon voyage, ou j'étais Irakien !
Bref, je pensais sérieusement à faire un beau dessin, compréhensible même par ceux qui ne savent pas lire !
Il faut que vous sachiez aussi, que depuis mon arrivée au Pérou, je passe mon temps à répéter la même chose toute la journée. Déjà que je ne suis pas bavard, mais si en plus il faut répéter toujours le même... J'en ai vite marre !
Début de journée. Avant même que je sorte de la tente, il y a toujours des gars qui passent me voir et me demande "tu as dormi là?", "d'où tu viens?","tu es Français?","Et le vélo vient de France", "tu as commencé où?", "tu vas où?", "pour combien de temps", "le vélo coûte combien", etc., etc. Ils écoutent à peine mes réponses, 2 minutes plus tard, ils reposent les mêmes questions. Et à chaque fois qu'une nouvelle personne arrive, je dois recommencer... Toute la journée dès que je m'arrête quelque part, pour normalement manger, c'est comme ça, des 10aines de questions, toujours exactement les mêmes. Reposées par chaque nouvelle personne qui arrive.
Puis avec mon vélo couché, je suis vite repéré. Et des nouvelles personnes qui arrivent pour voir le vélo de prêt il y en a !
Donc, en plus du dessin représentant "des pollueurs routiers = une tombe", j'ai rajouté en petit, "Mateo, 26anos, Frances, vuelta del mundo con la bicicleta, Canada, Estados Unidos, Mexico, Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa-Rica, Panama, Galapagos, Ecuador, Peru, Bolivia, Brasil, Argentina, Chile, Australia, Singapur, Viet-Nam, Cambodge, Laos, China, Japon, China, etc." Le temps qu'ils lisent tout ça, je suis un peu tranquille...
En fait, je ne peux plus passer et m'arrêter dans une ville sans entendre des cris, des rires, et des "gringo loco","gringo fool" (fou, idiot). Et je ne vous parle pas des klaxons incessants sur la route... Et des camionneurs qui m'abîment les tympans !
J'en arrive à faire des cauchemars :
"Je suis sur la route, il y a comme d'habitude plein de gars qui klaxonnent de tous les côtés. Puis des conducteurs qui s'arrêtent sur le côté droit pour uriner... Il y en a maintenant une très longue file. Ils sont là à ma droite à faire semblant d'uriner tout en me regardant avec un grand sourire idiot. Puis j'arrive dans la ville. La foule a déjà été prévenue de mon arrivée. Ça cri et ça rigole très fort. Je ne peux pas passer, la route est bloquée. Trop de monde. C'est trop tard ils tiennent déjà le vélo en me criant des milliers de questions. "
Du bruit à l'extérieure de la tente me réveille. Je sursaute. C'est un gars dehors qui me demande d'où je viens !
En vélo classique j'aurais moins de problèmes. Mais c'est le prix à payer pour que les futurs "bentriders" (ceux qui roulent en bent) puissent, dans le futur, traverser ce pays tranquillement. En clair, quand tout le monde aura vu ce vélo bizarre, on nous foutra la paix ! Puis je suis quand même bien content d'avoir un vélo couché... avec tout ce vent !

Le vent
Je le sais depuis Panama. Le vent ici sera du sud. En effet les bateaux qui passaient le Canal de Panama attendaient justement ce vent du sud pour aller vers les Galapagos, îles Marquises, etc.
Sans vent, les bateaux n'avancent pas. Les vélos, c'est l'inverse, avec vent on avancent plus !
25 noeuds de face et j'avance pas des masses.
Depuis mon arrivée au Pérou, c'est du vent toute la journée, avec parfois des rafales à 80Km/h. Ca fait déjà plus de 1000Km de vent de face dans le désert de sable.
Et je suis couché sur mon vélo. Pensons à ceux qui sont débouts...

Le problème des touristes et de la télé
La télé ici est partout. Ce qu'on voit le plus quand on arrive sur un village en pleine brousse (et qu'on ne voit pas encore en Afrique), c'est les antennes de télé, hautes pendues sur des grands mats de bambou. On voit même parfois des panneaux solaires.
Et qu'est-ce qu'on voit à la télé ? Des gens riches dans de belles grosses voitures, des superbes villas, etc. On ne les voit jamais travailler ces gens, l'argent semble tomber du ciel. Pour des enfants d'ici qui passent beaucoup de temps devant la télé, et qui voient leurs parents travailler durement dans les champs pour gagner peut-être 3$, ça choque... et ça marque ! Si bien qu'après, quand ils voient passer un blanc, un gringo, ils le regardent avec des yeux jalousement assassins.
Quand je pense qu'il y a des associations dites humanitaires qui ramènent l'électricité dans les villages africains. Pourquoi faire ? Regardez la télé toute la journée ? Et devenir jaloux de tous les blancs qui ont tellement l'air de se la couler douce à la télé...
Mais il n'y a pas seulement le problème de la télé. Il y a aussi les touristes stupides et inconscients de leurs actes. Ils ne peuvent pas s'empêcher de déballer et montrer leur argent partout. Voir même d'en donner pour n'importe quelle raison. Si bien qu'après, le moindre gringo de passage est vu comme un billet ambulant. Ici, dès que je discute avec des jeunes, ils me demandent toujours à la fin de l'argent. Alors que je vie actuellement avec moins de 3$/jour (souvent moins qu'eux). Et je ne me la coule pas douce...

Lima
Le nom de "Lima" vient du mot Quéchua "Rumac" qui signifie "parleur". Ca correspond bien à la population, ça parle beaucoup ici !
8 millions d'habitants ! (1/3 de la population du pays, 2/3 des industries du pays !) Mais ça ne m'a pas paru si grand. L'entrée à vélo fut pénible et dangereuse, mais pas autant que l'entrée de Mexico. Par contre, la pollution est très importante, peut-être plus qu'à Mexico d'ailleurs (moteurs plus sales?).
Lima compte de très beaux quartiers et elle pourrait être une agréable ville, sans tout ce bruit et cette pollution.
J'y passe à peine 3 jours, dont 1 pour mettre le site tdmbent.fr.st à jour (de 10h à 23h devant un PC sans manger).
Hotel Scorpio à 2,35euros : Psje Peñaloza 151 - Lima (Altura cdra. 3 de Colmena Frente a la U.N.F.V.) Près de la place "2 de Mayo".
Puis je me dirige vers ICA et Nasca. Toujours plein sud. La route est assez facile, il n'y a plus de vent de face, je "fonce" à plus de 120Km/jour.
Je croise la tombe d'Hitler (photo). Et oui, on vous avez encore menti ! Hitler n'est pas mort à la fin de la guerre 39-45 mais ici dans un accident de la route ; comme beaucoup.

Pourquoi font-ils ces guerres ?
Encore un texte de Michel Collon (3ème sur ce site) qui travail toujours beaucoup contre les guerres du pétrole.
Comme je sais que beaucoup n'ont pas encore compris et surtout n'ont pas changés leur attitude et façon de vivre (principalement diminuer la consommation de pétrole), j'enfonce encore le clou.

"Pourquoi font-ils ces guerres ? Laissons la parole au président Clinton, parlant devant des fonctionnaires US à Washington, le 23 mars 99, au moment où il s¹apprête à déclencher les bombardements sur la Yougoslavie : «Si nous voulons des relations économiques solides, nous permettant de vendre dans le monde entier, il faut que l'Europe soit la clé. C'est de cela qu'il s'agit avec toute cette chose (sic)du Kosovo.»

Bref, la guerre a pour but d'installer l'OTAN comme gendarme nécessaire pour la domination US sur le continent européen.
Un éditorialiste du New York Times le confirme au même moment : «Pour que la globalisation marche, l¹Amérique ne doit pas craindre d¹agir comme la superpuissance omnipotente qu¹elle est. La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans un poing caché. McDonalds ne peut être prospère sans McDonnel Douglas, le constructeur de l¹avion F-15. Et le poing caché qui garantit un monde sûr pour les technologies de la Silicon Valley, ce poing s¹appelle armée des Etats-Unis, Air Force, Navy et Marines.»

"Qui contrôle le pétrole, peut continuer à diriger le monde"

En fait, depuis la chute du Mur toutes les guerres US ont été au service de la « globalisation ». En réalité, pour le droit des multinationales de continuer à imposer leurs règles économiques et sociales injustes, le droit de ne pas payer les matières premières et de piller le tiers monde.

Et en premier lieu, le pétrole et le gaz. Qui contrôle les routes du pétrole, peut bloquer l¹approvisionnement de ses rivaux (Europe, Japon), les faire chanter et continuer à diriger le monde. Tel est l¹objectif permanent de Washington. La guerre contre la Yougoslavie visait à renverser l¹autogestion des travailleurs et à faire place nette pour les multinationales. Mais aussi à contrôler le stratégique « corridor énergétique n° 10 » qui passe par Belgrade. Résultat pour les travailleurs ? Le gouvernement que l¹OTAN a imposé à Belgrade est celui du FMI. Le prix du pain est passé de 4 à 30 dinars, celui de l¹électricité (privatisable) a été multiplié par quatre, la Banque Mondiale veut licencier 800.000 travailleurs et le droit de grève vient d¹être interdit !

Le soutien à Ben Laden et aux talibans, puis le renversement de ceux-ci, visaient à permettre la construction en Afghanistan du gazoduc de la multinationale US Unocal destiné à desservir toute l¹Asie du Sud. Le « président » afghan Karzaï est un employé d'Unocal et dix de ses ministres ont le passeport US. Résultat ? Le trafic de drogue a augmenté.

Le soutien au régime brutal et corrompu de la Colombie vise certes à garantir la mainmise US sur le stratégique canal de Panama, mais aussi à contrôler le pétrole colombien d¹abord, vénézuélien ensuite en empêchant une alliance entre ces deux pays et l¹Equateur. Ceux qui prétendent imposer la démocratie en Irak n¹ont pas hésité à tenter un coup d'Etat contre le président élu du Venezuela, Chavès.

Le soutien US aux milices islamistes, notamment de Ben Laden, actives en Tchétchénie, et leur approvisionnement en armes vise à affaiblir la Russie et à la chasser des si lucratives routes du pétrole dans cette région.

Bref, partout, les multinationales pétrolières US cherchent à imposer des tracés de pipelines contrôlés par elles-mêmes : Afghanistan, Kurdistan, Caucase, Bulgarie ­ Macédoine ­ Albanie, et on en parle à présent aussi à propos de la Corée et de divers pays d¹Afrique. Et dans chacune de ces régions, les Etats-Unis manoeuvrent pour installer leurs bases militaires.
Partout donc, mais de façon clandestine, les Etats-Unis provoquent ou excitent des conflits en soutenant les pires racistes, les pires
terroristes, les pires fanatiques. Ce qui nécessite des prétextes et des médiamensonges, que la gauche n¹a pas toujours su démasquer.

Au Kosovo, par exemple, leurs protégés de l'UCK appliquent impunément leur programme annoncé : nettoyage ethnique chassant toutes les minorités (Serbes, Juifs, Roms, Turcs, Musulmans, GoransŠ) et trafics maffieux (drogue, armes, prostitution). Sous les yeux et avec la bénédiction des Etats-Unis qui ont installé, à côté du futur pipe-line, l¹énorme base militaire de Camp Bondsteel : des pistes pour bombardiers ( !), louées 99 ans et permettant d¹atteindre le Moyen-Orient, le Caucase, Moscou. Et un jour l¹Europe ?

La cause des guerres, c'est le système économique

Car la guerre pour l'or noir a aussi pour but de priver la France et l¹Allemagne de leurs débouchés et approvisionnements en Irak, en Iran, etc. De même, la stratégie militariste et la course aux armements a pour but d¹empêcher la création de l'Euro - Armée. Laquelle permettrait de mener les mêmes guerres que l¹armée US, mais pour le compte des multinationales européennes.

Le militarisme et la multiplication des guerres ne tombent pas du ciel et ne sont pas dus à la personnalité de tel ou tel président. Ce sont les multinationales US qui ont décidé de favoriser l¹élection de Bush le tricheur non élu. En fait, la cause des guerres, c¹est l¹aggravation de la crise économique. Inévitable dans ce système puisque le « meilleur patron », applaudi par les Bourses, c¹est celui qui annonce un plan de licenciement de dix mille ou quinze mille travailleurs de par le monde. Mais si vous licenciez et baissez les salaires autant que vous pouvez, à qui vendrez-vous ?

Cette absurdité sape la base économique d'un développement général et harmonieux. Cette contradiction incontournable impose une bataille accrue pour contrôler les régions et matières stratégiques, afin d¹en priver les rivaux. Le monde est partagé comme un gâteau. Et comme il est partagé depuis longtemps, la seule manière pour une grande puissance d¹améliorer sa
situation est de rafler les morceaux échus à d'autres. Par la guerre.

Les guerres multiples que Bush annonce (Iran, Syrie, Corée, Colombie, Cuba etc.) ne sont que des chapitres d'une guerre globale. La recolonisation brutale de toute la planète, l'imposition d'une dictature encore plus étendue que celle dont rêvait Hitler. La proie décisive étant la Chine, avec son immense marché, son taux de croissance phénoménal. Avant de s'en prendre un jour à l'Europe ?

Mais soutenir l'Euro-Armée n'est pas la solution. Quand Chirac envoie l'armée française en Afrique pour soutenir les pires dictatures et favoriser Total ou Bouygues, il fait la même chose que Bush en plus petit. Et si Bush avait offert à TotalFina sa part du gâteau irakien, on n'aurait pas entendu Chirac.

C'est donc aux travailleurs et à leurs organisations de définir leur propre alternative : la solidarité de ceux d'en bas contre ceux d¹en haut. «Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent », écrivait Jean-Paul Sartre. L'urgence est donc la création d¹un front international contre la guerre, pour le droit à l¹autodétermination, c¹est-à-dire le droit de chaque nation à choisir son destin, son système social, son mode de développement économique. Développer partout (entreprises, associations, quartiers et surtout écoles) des comités d¹information, de débat et de mobilisation. Car l'humanité court un danger terrible.

Voilà. En m'excusant du caractère schématique du présent texte. En quelques lignes, il n'était pas possible d'argumenter et de prouver ces thèses par des faits concrets. A prendre donc, comme un appel pour lancer le débat au sein du mouvement ouvrier et progressiste."

michel.collon@skynet.be


Nasca
Nasca, Nasca... Ca vous dit peut-être quelque chose ? En fait Nasca est connu pour ses fameux grands dessins au sol, étudiés par l'allemande Maria Reiche dans les années 1960.
Ce matin, comme j'avais une petite crevaison sur la roue arrière, j'en ai profité pour faire une grosse vérification du vélo (nettoyage, huilage, etc.). Tout ceci m'a fait partir assez tard (11h30) et le soir, quand la nuit tombe, je me retrouve pile sur les fameuses lignes de Nasca. Pas le choix, j'y dors [photo]. Malgré la platitude du terrain, il n'y aura pas de vent. C'est pour ça que les lignes se sont si bien conservées et aussi parcequ'il ne pleut jamais. Mais même depuis un mirador ou une petite montagne, on n'y voit pas grand chose ; il faut prendre l'avion (50euros).
Et dès le levé du jour (7h), les avions tournent. Ils me voient dans ma petite tente et m'envoient 2 gentils motards qui nettoierons les traces de la tente et du vélo (je n'étais pas sur les lignes bien-sûr). C'est plus sérieux que je ne le croyais.
Dans la ville touristique de Nasca je vais me faire usiner 2 petits tubes de métal pour réparer ma tente au cas où elle casserait encore. Les gars sont sympa, ils ne me font pas payer.
Je fais le plein d'eau et de nourriture, puis pars vers l'est, les montagnes, le froid... Il est 12h, on est à 600m d'altitude et bientôt ... 4800m !

Route Nazca-Cuzco (montée des Andes)
Cette partie est surtout destinée à ceux qui partent. Je vous conseille de l'imprimer et de la mettre dans votre guide de voyage.

1er jour (12juil03) : départ vers 12h de Nazca (600m) avec 7 litres d'eau. Jusqu'à 16h30, je vais faire 25Km et monter jusqu'à 1800m d'altitude. La route est en parfait état, et ça monte doucement (5-10%). Mais en plein soleil, ça chauffe. C'est très désertique. Contrairement à ce que je croyais, il y a très peu de trafic. Justes quelques camions ou bus (1 véhicule/15mn). Je trouve facilement un endroit pour camper. Je voie d'ailleurs des traces de tandem dans le sable (j'apprendrais plus tard que c'est un tandem français). Avec la chaleur et l'effort, j'ai beaucoup bu et déjà bien entamé ma réserve de 7L. Pour économiser l'eau, je ne me lave pas.

2ème jour (13) : 50Km, passage de 1800m à 3800m.
Je n'ai plus que 2-3L d'eau ce matin, c'est critique... Au Km 45 (depuis Nazca), premier pâté de maisons, je siffle, fait le tour, on dirait qu'il n'y a personne. Des gosses sont avec un troupeau de chèvres au loin. Ils se rapprochent en se cachant derrière les murs pour voir l'étranger. Je demande de l'eau, réponse : "on n'a pas d'eau". Du coup je commence à rentrer dans les jardins, puis j'aperçois plus loin une vieille sortir de sa barraque, elle me donnera 4L d'eau (en me disant que la source est très loin). Je suis sauvé !
1h plus tard, au Km50, il y a des restaurants/boutiques. Je fais le plein de 10L d'eau puis continue ma route.
Km68 (3700m d'alt.), premiers Lamas en liberté. Le vélo les inquiète, mais ça reste correct. [photo]
La route devient moins montante, puis descend jusqu'à un petit pont où se trouve une barraque sans toit (Km85). La nuit tombe déjà, j'y dors [photo]. Mais avec le bruit des camions et l'insécurité (je suis bloqué entre 4 murs), j'y dormirai mal. La température a bien baissée : 2ºC cette nuit, mais 40ºC dans la journée...
Je n'ai pas souffert de l'altitude. Pas de problème dû au manque d'oxygène, pas de mal de tête (mais je bois beaucoup). Je suis juste très fatigué (vertiges). Il faut croire que mon organisme se souvient encore des Andes Equatoriennes d'il y a 1 mois.

3ème jour (14): 59Km
Comme ma réserve d'eau est encore conséquente et qu'hier mon organisme demandait plus de sucre, ce matin je fais des crêpes pour toute la journée. Pendant ce temps la température monte, je peux enfin partir vers 10h, (du Km85).
Km90 (4000m d'alt.), il y a des maisons.
On traverse ici le parc national "Pampas Galeras". Des lamas un peu partout...
Après le Km95 (4300m d'alt.), superbe paysage sous un ciel bleu, ça descend jusqu'à un petit village (3200m d'alt.), puis ça remonte un peu jusqu'à Lucanas (3400m) où je mange pour 1 euro. Je quitte ce petit village pour aller camper près d'une rivière où j'en profite pour laver du linge. Mais l'endroit n'est pas idéal pour bien dormir, pas assez loin des habitants : à 3h30, alors que je dors profondément, un petit camion s'arrête juste en face de ma tente ! En sort une 10aine de gamins qui crient dans tous les sens en allant chercher du sable dans la rivière ! Je sors de ma tente pour leur demander de faire silence. Ils font silence... 5 secondes ! L'adulte qui est avec eux est gêné mais ne dit rien (c'est l'éducation d'ici, très laxiste). Ca va durer 1h !

4ème jour (15): 40Km
Ce matin, ça monte doucement.
Je me concentre sur le paysage. Je le bois doucement en le dégustant. J'apprécie les caresses du vent parfois chaud, parfois froid. J'écoute les chants des oiseaux, le sifflement de l'eau qui vient de là-haut. A tel point que j'en oublie ce camion qui s'approche. Arrivé à ma hauteur, comme d'habitude, il klaxonne à me crever les tympans : "POOOONNNN !!!"
Je sursaute sur mon vélo ! Dommage que ces Péruviens soient si bruyants... Et c'est toujours comme ça ici... Mon vélo bizarre y est aussi pour quelque chose.
Km 150, la route redescend jusqu'à Piura où j'arrive vers 13h. Plein de nourriture/eau. Je quitte le bruit de la ville pour aller camper perché sur une colline [photos] à 3800m d'alt. Ce soir, repas de fête, pommes de terre sautées accompagnées de 3 oeufs sur le plat. Ça change des pâtes et du riz. En dessert, 1 litre de yogurt. Avec ce froid, je mange 2 fois plus. A propos de pomme de terre, vous vous souvenez que c'est grâce à Christophe Colomb que vous en mangez en Europe ?

5ème jour (16) : 60Km
Au Km194, il y a un petit resto/boutique.
La journée sera froide. On est maintenant à plus de 4500m d'altitude ! J'ai un petit mal de tête. Il y a des nuages. Et, quand ils jouent à cache-cache avec le soleil, je gèle !
Il neige parfois un peu, à l'horizontal ! Tellement ça souffle...
Km225, un petit village. Je campe juste avant pour être sûr de pouvoir dormir tranquillement. -5,5ºC cette nuit (1ºC dans la tente). J'ai mis tous mes habilles. Si ça descend plus bas, je vais avoir du mal à dormir...

6ème jour (17) : 61Km
Je me réveille à 6h. Mes réserves d'eau ont commencées à geler. Tout est recouvert de givre. J'attends au "chaud" dans la tente jusque 9h (6ºC). Le principal problème aujourd'hui sera le vent.
Km225 : village "Negro Mayo" de quoi faire le plein d'eau, acheter du pain et des barres de chocolat. Les gens sont tous gelés, certains mâchent des feuilles de coca pour mieux supporter le froid. Il n'y a pas beaucoup de bois pour se chauffer ici...
Km245 : un croisement avec quelques maisons.
Km255 : on entame une longue descente jusqu'au Km265 où il y a un "hotel/resto". Sur la route, le prix de la chambre est de 5sol. 10mn après, en rentrant dans le resto, j'apprends que c'est maintenant à 10sol ! Ca commence mal ! Je vais quand même voir. Malheureusement, c'est une barraque froide détachée du resto, qui lui était chaud. On voit le jour par le toit, je risque d'avoir aussi froid que dans ma tente. A Lima, j'avais payé 8sol, une chambre avec l'électricité et douche commune propre. Ici, rien de tout ça. J'essaie de discuter, mais pas moyen, c'est 10sol. Il croit que je suis bloqué et perdu dans la montagne. Si j'accepte, pour le prochain gringo de passage, ce sera 15sol ! Puis on effacera le prix des repas pour pouvoir les faire payer le double aux gringos. Puis on dira que les gringos sont riches, ont plein de "plata" (argent), etc. Je le remercie et pars. Il est 14h, je vais encore bien rouler.
Km275 : longue descente où 3-4 chiens me prenne en chasse, risquant de me renverser. Ils ont pris du volume ici les chiens ! Mon "petit" bâton ne leur fait plus peur...
Km285 : camping dans un endroit tranquille, sans trop de vent. Encore du -5ºC cette nuit.

7ème jour (18) : 63Km
8h30, la température monte, je sors de la tente pour faire des crêpes (photo). Puis pars sous une petite tempête de neige. Rapidement, je ne voie plus rien à travers mes lunettes de ski, et suis obligé de m'arrêter une 10aine de minutes. Jusque 14h, ça va être comme ça. (photo)
Km300 : longue descente sous un superbe paysage. Puis on longe la rivière (3600m) en légère descente. Il y a beaucoup de vent de face. Il ne neige plus, mais il pleut un peu.
Km320 : Cotaruse
Km340 : Chalhuanca (3200m). J'y mange dans un petit resto (soupe puis riz au poulet). En allant acheter quelques fruits à côté, Beatriz vient me parler doucement en Français. Elle l'a appris à l'alliance française de Cusco. Si vous passez par Chalhuanca, ce serait bien que vous alliez la voir, qu'elle puisse pratiquer un peu. Elle habite avec ses parents, 1km après le centre de Chalhuanca dans la maison blanche avec cheminée, à droite en allant vers Cusco : Beatriz Puertas Cabrera - Av Panamericana s/n Pairaca - (Apurimac) Chalhuanca, PERU.

8ème jour (19) : 68Km
Il a plu toute la nuit et ça continu jusque 12-13h. Après les crêpes, je pars enfin (14h). Km400 un petit village. La route descend toujours légèrement, mais avec du vent de face.

9ème jour (20) : 56Km
La route descend toujours légèrement. Faites attention aux éboulements. Personnellement, je n'hésite pas rouler à gauche quand il y a un risque de recevoir des pierres sur la tête. Km470, Abancay (2400m). J'y rencontre Violaine et Philippe qui font un tour du monde riche d'un an. Ils se sont fait voler un vélo il y a quelques jours, mais l'ont par chance retrouvé. Ce soir, je campe en périphérie de la ville, une maison vient de se faire voler (radio sony, et linge), on vient me demander, malheureusement je n'ai rien vu. Après ma ration de pâte et mon litre de yogurt, Joel inciste pour me ramener une grande assiette de riz au poisson... difficile de refuser, puis j'ai toujours un peu de place dans l'estomac...

10ème jour (21) : 83Km
Après Abancay, ça monte (5-10%) de 2400m d'alt à 4300m. Puis descend, longtemps.

11ème jour (22) : 55Km
Ce matin, 5h30, des chiens viennent réclamer des cailloux dans la gueule. 5h55, excédé, je fini par leur en balancer. C'est ce que font les péruviens, ça marche bien.
A partir de Limatambo, ça monte dur à 10% jusqu'à 3900m. Je campe là-haut.

12ème jour (23) : 63Km
Je me réveille doucement en appréciant le paysage [photo].
Ca monte encore un peu, redescend jusqu'à 3600m sur un grand plateau pour remonter une derrière fois à 3800m et redescendre sur Cusco !
Belle ville, envahie de gringos.

Conclusion sur ce parcours : Le plus important est de bien gérer vos réserves d'eau et de nourriture sur les premiers 200Km. Après, pas de réel problème, prenez votre temps. En montagne, je ne purifie pas mon eau, et je n'ai pas de problème.

Machu-Picchu et la mafia locale
Cette fameuse ville Inca découverte en 1911 par Hiram Bingham...
(on parle toujours des Incas, mais il y a eu en fait, tout comme au Mexique, beaucoup d'autres civilisations précolombiennes au Péru, parmi les plus accomplies : Chavin-Sechin (900-200, av. J.C.), Paracas-Nasca, Huari-Tiwanaku, Moche-Chimu, etc.)
Aujourd'hui, le Machu-Picchu est certainement l'un des sites touristiques le plus rentable du monde. Et en arrivant à Cusco (photo1, photo2, panoramique), on le comprend vite...
J'ai jamais vu une ville aussi touristique ! Des "gringos" partout dans les rues du centre ville. On en voit aussi dans les grands restaurants, et les pauvres péruviens qui les regardent par les fenêtres...
Malgré tout ce que l'on m'avait dit, je trouve quand même un hotel pas cher à 3euros (j'aurais pu descendre à 2,35euros, 8sol) au sud ouest de la ville, après les marchés/souks, où vous ne verrez pas de touristes (pas de chauffage). Ça me permettra d'y laisser mon vélo, pour me balader toute la soirée et me renseigner sur le fameux "combien coûte le Machu-Pucchu?". La réponse est vite trouvée : beaucoup trop cher pour moi ! Suivant les agences de voyage, ça varie entre 100 et 300euros ! Et bien sûr, on vous ment en vous disant que l'on ne peut pas y aller seul, qu'il faut un guide, etc. D'après les agences, il n'y a que deux moyens pour allez au Machu-Pucchu, c'est le train (à 30euros mini) ou l'Inca-trail, randonnée en montagne avec guide, autorisation spéciale, etc. (100euros mini). Donc vous sortez de là abasourdi ne sachant que faire. Et comme on vous fait comprendre qu'il n'y a pas d'autre solution, vous finissez par payer ; ce que font la très large majorité des gens.
Ce que je n'ai pas fait... Mes recherches mon permis d'avoir un bon plan gratuit du Inca-trail, puis je suis parti à vélo, pour aller le plus près possible du fameux site. En sortant de Cusco, ça monte dur mais pas longtemps.
(A "Sacsayhuaman", il y a un contrôle sur la route, vous dites que vous ne faites que passer, puis plus loin vous pouvez aller visiter les ruines gratuitement. Pas question de financer cette mafia...)
Puis ça descend jusqu'à la rivière Vilcanote et Pisac. Là ça devient tout plat. C'est très facile et agréable à vélo. A Ollantaytambo, le macadame s'arrête mais vous pouvez continuer par la piste jusqu'à l'entrée du Inca-trail (Km88, mais Km82 pour le train) ; ça passe aussi en voiture (il y a des minibuses de péruviens). Là un gardien vient rapidement me voir pour me dire que l'entrée du inca-trail est à 50euros, qu'il faut un guide, une autorisation spéciale, etc. Bien-sûr, il ne vous dit pas qu'en marchant le long de la voie ferrée c'est gratuit, c'est en discutant avec les porteurs autour du vélo que je l'apprendrais. Mais c'est comme si c'était interdit... Un autre porteur me dira que je peux laisser mon vélo dans le chalet à gauche le long de la rivière quand vous arrivez. En effet, ils acceptent tout de suite de garder mon vélo. Plus tard dans la soirée, je les verrai en train de démonter un magnétoscope. Ils s'apprêtaient à nettoyer la tête de lecture avec des compresses, ce qui l'aurait tué (à nettoyer avec du papier et de l'alcool !). Je m'en occupe, ça marche impeccable (ils ont les mêmes films asiatiques que j'avais vu sur le cargo Monserrate en Equateur). Etant très contents, ils m'autorisent à dormir dans le chalet et même à utiliser la cuisine.
Comme je crois encore que passer par la voie ferrée est interdit, je partirai comme un voleur à 2h du matin pour faire à pied les 30Km qui me sépare du Machu-Picchu. Donc après 3h de sommeil, je me réveille puis sort avec ma sacoche de vélo déjà prête, dans laquel j'ai mis une couverture de survie, des vêtements chauds, des tartines de confiture, 2L de coca, et un petit appareil photo argentique. Dehors il pleut, je voie à peine la reluisance des rails. Malgré la pluie, je me décide à partir, je me réchaufferais en marchant, puis je me dis que de toutes façons, il ne va pas pleuvoir toute la nuit... et il pleuvra toute la nuit et toute la journée ! Pas facile de marcher dans le noir sur des gros cailloux qui vous tordent la cheville à chaque pas.
Vers 6h, je voie passer un train de touristes. Ils ont mis un gardien à chaque porte ! Pas question de laisser sortir les poules aux oeufs d'or avant qu'elles aient pondu leur or !
8h30, j'arrive enfin à Aguas Calientes, les pieds un peu en compotes, mais ce n'est que le début. Je visite cette étrange ville qui se prépare pour l'arrivée des billets ambulants (les tourichtes). Il y a un nombre impressionnant de restos, c'est dire le monde qu'il doit y avoir ici le soir...
Déjà quelques gringos, ça fait bizarre de croiser des gens froids qui ne disent pas bonjour...
J'achète mon billet d'entrée pour la ville du Machu-Picchu, puis monte, toujours à pied (il y a des bus à 4,5euros l'allée pour les touristes, 2Km). Arrivé en haut, il y a déjà plein de monde ; comme quoi la pluie n'a pas diminué la masse touristique. Je me joins à un groupe de français pour profiter des explications du guide, personne ne vient me parler, puis au bout d'un moment, un gars va demander au "group leader" de me virer... Sympa ! (Le "group leader" est un gars qui vit maintenant en Espagne ! C'est dire s'il doit bien gagner sa vie pour venir travailler jusqu'ici !).
Vers 14h, je pars, j'ai encore 30Km à pied pour retrouver mon vélo !
Et la fin sera dure. Il pleuvra encore. J'arrive au chalet de nouveau dans le noir, vers 20h, les pieds très douloureux (ampoules, mal dans les os, etc.). Après 70Km à pied, je m'endors comme un bébé.
Lendemain matin, lessive, tout en observant la 30aine de porteurs qui partent sur le Inca-trail pour la 10aine de gringos.
Si j'avais pu louer un bon sac à dos, je crois que je serais parti aussi par l'inca-trail. A mon avis, en passant le pont de nuit, il y a moyen d'éviter de payer la mafia. Et peut-être même que de jour personne ne vous empêchera.
Puis vers 12h, je reprends enfin la route, en position heureusement allongée, beaucoup moins douloureuse que la position debout. Je vois passer les cars de touristes qui ne voient rien, n'entendent rien, ne sentent rien et payent très cher.
Ils foncent à 80Km/h pour rejoindre l'hotel ou le prochain tas de pierres qu'il faudra à tous prix prendre en photo. Personnellement, je ne vois pas l'intérêt d'aller voir toutes les ruines de la régions (si ce n'est pour engraisser la mafia locale) ! Et je crois que plutôt que de s'intéresser (!?) à l'histoire auquel on ne peut plus rien changer, tous c'est touristes (majorité de Nord-Américains) feraient bien de s'intéresser en profondeur à ce qu'il se passe dans le monde actuel. Car ça, on peut encore le changer...

Conclusion : Rien ne vous interdit de suivre la voie ferrée (les locaux l'empreintent) et d'aller de vous même jusqu'au Machu-Picchu. Cela dit, soyez discret, ils pourraient penser à mettre des gardiens s'ils voient trop de monde passer par là ; toujours pour vous forcer à payer les agences de voyage. Je ne sais pas trop quel est le rôle de l'état dans toute cette mafia. Au mieux, il a choisi la politique libérale et laisse les agences de voyages profiter du système et s'en mettre plein les poches (le train est, parait-il, géré par une société privée chilienne) . Au pire l'état, ramasse une grande partie des énormes bénéfices, et ça passe dans les poches des ministres. Ce qui ne serait pas étonnant vu que dans ce pays dès le plus jeune âge on ment et on vole sans qu'aucun adulte ne dise rien... Mais en France alors, Chirac, ses parents ne lui ont jamais appris qu'il ne fallait pas voler ? Dans les caisses de l'état.

En 1999, l'entrée du Machu Picchu était de 10euros, aujourd'hui (4 ans plustard) elle est de 20euros, et dans 5 ans...? 40euros ?
De même, en 1999, l'entrée du Inca-trail était de 17euros (entrée Mach-Picchu comprise), aujourd'hui c'est 50euros ! Avec une autorisation spéciale de je ne sais plus qui, et un guide officiel obligatoire. Enfin, comme me disait un gardien, il y a toujours autant de monde, donc les prix peuvent monter. En clair, on réserve la culture aux plus riche !
Et plutôt que d'aller au Pérou, allez au MEXIQUE. Les ruines sont là-bas beaucoup plus impressionnantes et à des prix corrects : Teotihuacan = 4euros. Et les musées sont gratuits le dimanche... La nourriture aussi y est mille fois meilleure.

Quand vous lisez : "Machu-Picchu, Patrimonio Cultural de la Humanidad".
Comprenez : "Machu-Picchu, patrimoine de la mafia locale".

 


Cyclo-touriste ou cyclo-aventurier
Ici, dans la région malheureusement très touristique du Lac Titicaca, j'ai rencontré différents voyageurs à vélo.
Il y a ceux qui partent quelques semaines, quelques mois, voir 1 ans. Et qui travaillent tout le reste du temps. Donc ils ont bien préparé leur voyage, tout est parfaitement réglé, parfois comme un projet commercial (sponsors, bourses, mission, etc.). Ils ont donc un très très gros budget. Ca se voit tout de suite qu'ils sont très riche, ils n'ont pas encore compris les problèmes que cause le tourisme, et étalent leur richesse : superbes vélo tout neuf, surperbes habilles, ordinateur portable, etc. En les voyant, la population en devient encore une fois jalouse. Et malheureusement, cette population a du mal à faire la différence entre ces cyclo-touristes et les cyclo-aventuriers.
Les cyclo-aventuriers, c'est ceux qui voyagent à vélo dans des conditions difficiles depuis déjà longtemps (1 à 8 ans). On les reconnaît tout de suite avec leurs habilles abîmés, le vélo et les sacoches noires de boue, etc. Ils ne portent pas le casque, mais souvent un vieux chapeau en lambeau. Ils évitent en général les endroits trop touristiques, et ne vont que très rarement dans des hôtels, et encore, les hôtels les plus minables. Bref, ils économisent au maximum leur argent pour pouvoir voyager plus longtemps. Et de cette façon, ils vivent à la hauteur des otoctones. Souvent d'ailleurs moins confortablement. En clair, ils ne polluent pas le pays comme le font les touristes !

20 000Km (30 juillet 2003)
20 000 Km parcourus à vélo depuis le départ de Washington DC le 24 juin 2002.
De ces 400 jours depuis le 24 juin 2002 :
Plus de 300 jours env. passés sous la tente.
Une 100aine de jours passés dans un lit chez des hôtes.
Seulement 4 nuits d'hôtel.
Environ 150 jours sans pédaler (1 mois au Mexique, 2 mois Panama, 1 mois Galapagos), donc 250 jours à pédaler : 20 000Km / 250 j = 80km/j
1 gros accident au Salvador.

Le cadre du vélo a 6000Km, mais le reste a 22 000 Km (avec les 2000Km de la rando test en France) :
1 roue cassée (accident dans plaque d'égout).
1 suspension arrière cassée.
Une 10aines de rayons cassé sur la roue arrière.
3 chaines (3×3 en bent) usées.
8 pneus usés ou arrachés.
40aine de crevaisons.
4 chambres à air usées.
4 cables dérailleur arrière remplacés.
4 paires de patins de frein usées.

Vitesse maxi 90Km/h (USA, Nouveau Mexique, superbe descente)
Plus haute altitude : 4800m env. (entre Nazca et Cuzco, Pérou).
Plus haute température : 45°C (Nord Colorado, Honduras).
Plus basse température de jour : -3°C (entre Nazca et Cuzco, Pérou).
Plus basse température de nuit : -7°C (entre Cuzco et La Paz, Pérou).
3 jours malade (Mexique, Casas Grandes, grosse diarrhée ; insolation Honduras).
Plus de 3500 photos.

Ecologie
Au Machu-Picchu, à l'entrée du parc, j'ai vu des poubelles recyclables... Une pour le plastique, une pour le verre, une pour les végétaux, etc. Moi qui suis dans le pays depuis déjà plus d'un mois, je peux vous dire qu'à peine sortie du parc, tout va être mélangé et se retrouver dans un coin de la montagne. Ils prennent vraiment les gens pour des cons ! Cela dit... j'imagine bien les touristes raconter à leurs amis qu'ils recyclent les déchets au Pérou !
[photo1,photo2]
Une petite histoire : Cette après-midi, je vais dans une boutique pour faire mes petites courses comme tous les jours. Le vendeur me sort un plastique (même quand vous achetez une bouteille de coca ou un tube de dentifrice qui tient dans la poche, on vous donne un plastique). Je lui dis gentiment que je n'en ai pas besoin, et qu'il y en a d'ailleurs déjà beaucoup dans la nature. Je sors de la boutique, j'entends le vendeur raconter toute l'histoire aux clients du resto... Tout le monde se met à rire. Ah ! Les "gringos loco" ! (étrangers fous).

Lac Titicaca (photo)
A 3812m d'altitude, le lac navigable le plus haut du monde.
La région est toujours très polluée par le tourisme. En plus d'éviter les chiens, il faut éviter les gamins qui viennent vous demander de l'argent où qui lancent des cailloux (ça m'est arrivé 4 fois). Mais, rassurez-vous, il y a aussi des gens sympas, ils sont discrêts...
Vu que c'est tout plat, le vent peut souffler très violemment. J'ai pris l'habitude de chercher un petit mur pour me protéger un peu pour la tente.

Pour ceux qui partent
Au niveau pollution routiere, dans les Andes Equatoriennes vous ne serait pas trop embêté, sauf à Riobamba.
Pas la peine de faire le détour par les ruines d'Ingapirca (6$ et pas grand chose, photo).
Cuenca, inévitable, très beau.
Après Cuenca, c'est plat, mais pas pour longtemps...
Au sud de Loja et Vacabamba, c'est très très dur.
Pour rouler en montagne, il faut être très léger. Ici, on passe parfois 2-3 jours à ne faire que monter (10-15%). Moi, avec mes 50Kg de bagages et mon vélo de 25Kg, j'étais beaucoup trop lourd. La pluspart des cyclistes ici ont dans les 25Kg de bagages.
La côte nord-ouest du Pérou est horrible. Surtout avec tous les nuages qui couvrent le ciel. Paysage désertique plein de déchets, manque d'hospitalité, gens bruyants, des chiens partout, pas mal de camions quand on se rapproche de Lima, etc. Bref, à éviter... mais je ne sais pas comment ! Sauf si vous êtes d'accord pour participer à cette pollution en prenant le bus ! Chacun ses responsabilités.
Vous pouvez prendre la route de Vicus, Olmos, Motupe, etc. Au lieu de la route droite du désert de Sechura.
Ne croyez pas que c'est tout plat ici ; ça monte et descend pratiquement toujours (du 5%).
N'achetez pas l'essence la moins cher pour votre réchaud, ou vous passerez votre temps à le nettoyer (souffre qui bouche le brûleur).
Pour ceux qui se dirigent au soleil, faites attention, ici l'après-midi le soleil est au nord, pas au sud comme en Europe !
Pour la route Nasca-Cusco, voir plus haut les récits.
Au sud de Juliaca, la circulation augmente. Et juste avant Puno (photo), comme pour Cusco, ça monte pour redescendre dans la ville. La région du Lac Titicaca est froide (jusqu'à -7°C la nuit pour moi).

Conclusion Pérou
En toute honnêteté, je suis assez déçu. Peuple bruyant, qui manque grandement d'éducation (aujourd'hui, je me suis encore fait réveiller par un berger à 6h du matin, juste pour savoir si je n'étais pas noyé par les pluies de cette nuit ! Il voyait bien que j'étais en train de dormir, et hier-soir, en voyant les énormes nuages noirs, il aurait pu m'inviter à dormir dans sa grange ! Enfin, après une dame d'une autre maison m'a gentiment apporté du thé ; son fils de 19ans est en voyage comme moi.
Puis le tourisme... En vélo, on est toujours prêt de la population et on ramasse tous les "gringo regala me plata" (donne moi de l'argent). Bref, je ne suis pas prêt d'y remettre les pieds ou les roues dans ce pays. Alors juste pour le paysage !
Ce que j'aurais entendu le plus ici : "gringo loco" (étranger fou), "gringo feo" (étranger vilain), "plata" (argent).
Et comme la jeunesse est la plus redoutable (4 fois j'ai reçu des cailloux !), l'avenir risque d'être de plus en plus dur pour le cyclotouriste. Il n'y aura donc peut-être plus qu'une solution pour visiter le pays : avoir beaucoup d'argent et prendre les gros bus de touristes qui foncent à 80Km/h du lieu touristique à l'hotel, sans contact avec la population...
Et n'allez pas croire que c'est le touriste nord américain qui créé tous ces problèmes avec ses dollars. Au Sénégal, dans les lieux touristiques, c'est encore pire ! Là-bas, même les mères de familles vous courent après en criant "toubab cadeau" (c'est moins directe, elles réclament juste un cadeau, pas encore de l'argent...).
Voila ce qu'on lit sur la route de Nasca vers Cusco : photo, tourisme sans pollution ! Non oeil !

Maintenant je me dirige vers La Paz, j'ai croisé hier un cyclo-aventurier nord-américain (il ne parle plus que l'espagnol, et non l'anglais, de honte...) qui s'y est fait voler une grande sacoche et ses chaussures de cycliste. Ca promet !

20 400Km.

 



BOLIVIE

trajet bolivie (188Ko)

A peine entrée, je comprends vite qu'ici non petit nom est toujours "loco" (fou), et mon nom de famille "gringo" (étranger). Puis, dès le premier jour, je manque de recevoir des coups de bâtons sur la route (2 jeunes de 20ans). Le gouvernement met un peu partout des grands panneaux "bienvenido", mais la population n'a pas l'air d'accord !

Enfin, dans l'ensemble, je suis quand même moins embêté par les coups de klaxon. Ici, ce n'est plus 4 fois sur 5 comme au Pérou, mais 2 fois sur 5.

Plus de train ici, et ailleurs ?
En France, la privatisation d'EDF est en cours (du nucléaire ! , la cata !), le gouvernement actuel s'occupe aussi de la privatisation de la SNCF. Déjà, on n'y parle plus de service public mais de rendement, et de bénéfices. C'est l'argent qui commande. Quand je vois ici une ligne de chemin de fer abandonnée, ça me fait mal au coeur. Je pense à l'état déplorable du réseau ferré que j'ai connu en Angleterre, et au futur réseau français... On va en abandonner aussi beaucoup des voies ferrées en France avec la politique actuelle ! Plus de train, plus(se) de pollueurs routiers, de morts sur la routes, plus(se) de pétrole utilisé donc de guerres dans les pays à pétrole, etc. Mais le peuple a voté !
Et je ne vous parle pas de la réforme des retraires du gouvernement actuel. Enfin, si le peuple n'est pas satisfait, il va dans la rue, sinon, c'est que tout va bien.
[photo de décharge loco]
En fait, il y a encore quelques trains en Bolivie. Mais rassurez tous ceux qui votent à droite (pour les programmes dits "libéraux"), ça disparait petit à petit.



Quand je pense qu'il y a des gens (et des partis politiques !) de droite qui se disent écolo ! C'est vraiment trop compliquée la politique ! Il faut choisir : un monde où l'argent gouverne, ou un monde où l'on essaie de vivre pour le bien de tous et des futures générations !

La Paz (6 août 2003)
Avant d'arriver à La Paz [photo], on arrive à El Alto. Une grande ville sur ce grand plateau à 3900m d'alt sur lequel je roule depuis Cusco. Puis derrière El Alto, ce trouve un grand trou au fond duquel il y a La Paz (3600m d'alt). Ça fait bizarre ! Donc, je cale le vélo sur "la autopista" (l'autoroute), et il n'y a plus qu'à se laisser conduire à 60Km/h jusqu'en bas. Et, en bas, c'est un peu la galère pour trouver un hôtel. Les rues ici ne font que monter et descendre. En ajoutant l'altitude et la pollution, c'est impossible de faire du vélo ! Donc je vais arpenter les rues en poussant le bent (ça m'attire moins de regards qu'en roulant dessus), pendant 1h30. Et finirai par trouver le meilleur hotel de la ville : le "Lobo" (calle lllampu), à 2euros la nuit, avec eau chaude. C'est un hôtel d'israélites. Le patron me dit qu'il n'y a pas de place pour le bent (comment ça !!?), mais en discutant ça s'arrange, toujours !
Comme à Lima, ma principale préoccupation est de mettre le site Web à jour (7h non-stop devant un PC !). Je visite quand même rapidement la ville puis pars : 1h30 de montée. Ma batterie centrale avait été bien chargée par la dynamo dans la descente d'il y a 2 jours. Je monte donc tranquillement en écoutant RFI sur la bande FM (quel luxe). Ça parle de l'Afghanistan, du trafic de drogue qui a progressé depuis l'arrivée des US (je crois que la CIA en a besoin pour financer ces activités). C'est une radio gentille, ils disent que malheureusement les bonnes décisions n'ont pas été prises à temps, et que maintenant c'est devenu trop difficile à stopper ce trafic. Moi je crois surtout que plus c'est le bordel, moins on a le temps de s'occuper du pétrole que les multinationales US sont venues chercher !
A environ 40Km de La Paz, alors que je fais une petite pause, un tandem de français me rattrappe [photo]. C'est Pauline et Jacques. Ça fait un moment que je les suis. J'avais repéré leurs traces sur la route Nasca-Cusco (2 traces de roues de vélo et 4 pieds différents, ca ne peut être qu'un tandem !). Puis des gens m'avaient parlés d'eux plusieurs fois. Et hier, à La Paz, ils sont venus s'assoir juste à côté de moi au cyber-café. J'ai regardé leurs chaussures : ça m'a rappelé des traces ! Les voici donc. On roule un peu ensemble. 2 moteurs sur un vélo, c'est de la triche. Mais malgré tout je suis devant et ils ont du mal à me suivre. Faut dire qu'ils étaient à La Paz depuis 1 semaine ; c'est pas très bon pour la condition physique... Le soir, je vais camper, eux vont à l'hôtel. Allez-y, c'est gratuit : www.rouletandem.free.fr

Radiateur en panne
12 aout 2003, 2h du matin, je me réveille difficilement, le corps gelé. Mille milliards de mille sabords ! Quel est l'imbécile qui a coupé le radiateur !
En fait, il n'y a qu'un imbécile à 50Km à la ronde. C'est moi ! Et qu'est-ce que je fais ici dans ce froid !?
Mon sac de couchage est plein de condensation. Je regarde mon thermomètre, la sonde extérieure de la tente affiche -16ºC ! Ça devient dangereux... Je ne vais pas dormir beaucoup plus cette nuit. Mon corps refuse de prendre des risques.
Les jours suivants, ça ne fera que tourner autour de -12ºC (en 1996, record de -30ºC). Il n'y a aucun nuage ici la journée. Le soleil peut chauffer, dès qu'il part, toute la chaleur part. Et tous les soirs, je mets tous mes habilles : maillot cycliste, maillot cycliste longues manches, t-shirt coton, t-shirt coton longues manches, veste polaire, veste imperméable goretex, bas polaire, survêtement, pantalon imperméable goretex, 2 paires de grosses chaussettes, cagoule, capuche, et le tout dans le sac de couchage/sarcofage censé résister (température de "confort"!!?) à -15ºC... Mais sous -10ºC (sonde extérieure de la tente) je suis réveillé toutes les 40mn env.

Passage en Antarctique (13 août 2003)
Quelqu'un m'avait dit : "c'est comme roulé à vélo sur la Lune". J'ai réfléchi, et ça m'a fait peur. Rouler à vélo sur la Lune, ça doit pas être facile... Et pas très agréable...
J'y vais quand-même sur ce salar d'Uyuni, dit le plus grand (12000Km2) lac salé/gelé du monde. Pour ceux qui y vont aussi : la route du nord-est (Oruro) n'est pas fameuse. On roule en réalité très loin des Lagos.
Après Huari, on peut dire que l'accès est très difficile. C'est peut-être ça rouler sur la Lune... On a un peu de choix ici : soit la piste ondulée, où l'on est secoué au point d'avoir de grave douleur au ventre. Ou du sable, où l'on s'enfonce lamentablement... [photo]
Après avoir dégonflé les pneus (j'avais des Michelin 1.5, je conseille du 1.7 mini), ça va mieux. Enfin je passe quand même de 125Km à 70Km journalier...
Et c'est toujours les camions qui détruisent le plus la route. Ils "roulent" (ou glissent) à plus de 70Km/h sur du sable ou des graviers. Dès qu'elles rencontrent un petit obstacle, leurs roues se mettent en ondulation et détruisent toute la piste.
Mais même en bent, on passe partout.
Le véritable problème dans cette région est le froid la nuit. Donc un soir, je teste l'hospitalité (!!?) des gens d'ici. Mais c'est toujours pas fameux. Ils m'autorisent à planter ma tente dans la cour. Mais rien de plus. Ils sont tous autour du feux de bois dans la maison à rigoler du gringo, moi je suis dehors en train de geler, à essayer d'allumer mon réchaud pour faire cuire mes pâtes. Le lendemain, réveil très tôt par le coq placé juste à côté de ma tente. Comme il fait froid, je reste au chaud à écouter ce que dit le "chef de famille" dehors : "Qu'est-ce qu'il fou le gringo, il va se lever !" ; "lève toi !" ; "il a tout, le système de radio communication, s'il a un problème, un hélicoptère arrive" ; "j'attend pour voir le vélo" ; "il a certainement un pistolet aussi" ; etc. Je finis par sortir. Personne ne me dit bonjour. Le monsieur observe le vélo que je viens de découvrir. Il a l'air déçu. C'est vrai qu'avec la peinture noire et toute la boue, il ne ressemble pas à grand-chose mon Bent. Monsieur s'en va vers sa moto pour faire crier son moteur, puis pars. Moi je me dépêche de partir aussi, rien à faire ici.
A Salinas de Garci Mendoza (entrée nord du salar), je fais le plein : 1,5Kg de pâte, 20 petits pains, 500g de riz, lait concentré sucré, beurre, 4,5L de coca, 8L d'eau, etc. Bref, 7-8Kg de plus sur le vélo. Là je dois être à env. 68Kg de chargement ! En fait, je vais comprendre plus tard que c'est trop... Ce n'est pas si grand et on roule vite sur ce lac gelé.
En entrant dans le salar, je repére mon cap (185º) pour aller vers l'île Incahuasi. Et oui, ici pas de route, on se dirige comme en avion ou en bateau, mais pas de déportation par le vent ou les vagues. Avec ma petite boussole à 5euros, je m'en sortirai et arriverai le soir avant la tombée de la nuit sur l'île Incahuasi (après 80Km). C'est au milieu du salar, comme un refuge, on peut y dormir dans sa tente à l'abris du vent (pratiquement inexistant qd je suis passé) et y manger pour 1-2 euros (en discutant le prix toujours).
Le lendemain matin, je prends le cap 90º, pour sortir du salar. C'est tout plat ici. Donc, une fois le vélo lancé à 25-30Km/h, ça roule presque tout seul. Et rouler sur le salar, c'est vraiment spécial. Il n'y a pas beaucoup de désert où l'on peut rouler aussi facilement à vélo. Mais 1 jour, 2 jours, c'est bien, après, on se lasse. C'est tout plat, tout blanc, monotone...

A l'hotel touristique Playa blanca (20euro la nuit), fait de briques de sel [photo1,photo2], j'entends parler français... Et en sortant du salar, 2 jeunes Lilloises m'arrêtent. On se retrouvent à Uyuni. Agréable soirée entre gringos, mais le lendemain, mon moral sera très bas. Je suis nostalgique. Toutes ces souffrances physiques et sentimentales valent-elles le Challenge ? Et cette Distance ?

Potosi - Sucre (23 aout 2003)
La piste entre Uyuni et Potosi sera très dur. Je vais d'ailleurs y plier ma roue avant (qui restera fendue). Je la déconseille à tout cycliste malgré les quelques beaux paysages. Et si encore on avait le réconfort de rencontrer des gens sympathiques dans le coin !
Potosi [photo] et Sucre... belles villes par endroits, mais quand on a connu Guanajuato au Mexique, rien d'exceptionnel en fait. Si j'avais su, je n'aurais pas fait le détour. Je dois avouer aussi qu'à force de vivre dans la nature, le silence, la tranquillité, les couchés de soleil, etc. Je supporte de plus en plus mal le bruit, la saleté, la pollution, et l'agitation des villes (j'ai rencontré d'autres cyclotourdumondistes qui avaient le même problème).

Che Guevara - La Higuera (26 aout 2003)
J'ai une carte routière "made in Canada" qui me raconte en quelques lignes que le Che a été capturé puis tué par l'armée bolivienne. C'est très léger...
J'avais pensé passer à La Higuera (200Km à l'est-nord-est de Sucre), mais si c'est pour lire ça, ce n'est pas la peine. Puis à mon avis, il n'y a même rien à lire, et même rien à voir. Juste l'école où il a passé sa dernière nuit attendant que la CIA décide de son sort (Jacques Sirat y est passé).
Malheureusement, il y a encore énormément de personnes qui ne connaissent pas la vérité sur la mort de Guevara. A Sucre, j'ai encore croisé des taxis avec un portrait du Che à l'arrière et un drapeau Etatsunien à l'avant. Quand on connaît, on sait que ça ne va pas du tout ensemble.
J'avais vu il y a quelques années un bon reportage à Arte (vous avez de la chance de l'avoir celle-là, profitez-en !).
Je ne vais pas vous détailler toute l'histoire, de nombreux sites web le fond déjà : http://perso.wanadoo.fr/once.upon.a.dream/Histoire_du_Che/Mort.htm
http://membres.lycos.fr/guevara/

Ce qu'il faut retenir c'est que les Etats-Unis ont équipés et aidés l'armée bolivienne ; et à la fin, ont ordonnés la mort du Che.
C'est une histoire qui me fait penser à Massoud l'afghan. Juste avant (9 sept) les attentats de New-York (11sept01), il est assassiné. Comme pour faciliter l'installation des US en Afghanistan...
Ce que j'ai retenu aussi, c'est que le Che n'avait pas été beaucoup aidé par la population locale. Et maintenant que je suis passé dans la région, je comprends mieux. Parfois, même pour avoir de l'eau, j'ai des difficultés. Les gens ne veulent pas toucher à leur réserve (le robinet ne fonctionne pas toute la journée) ou veulent me la faire payer... C'est vraiment pas l'Afrique ici !

Physique, l'altitude et l'attitude de l'air
En montant en altitude, l'air se raréfie.
Pour le cycliste, les problèmes liés à ce manque d'air, donc d'oxygène, sont au début très génants. On a mal à la tête, on est obligé de respirer deux fois plus, la moindre montée devient un calvaire, on ne peut plus manger en roulant, et même pour boire en roulant sur du plat ça devient fatiguant. Avec l'habitude (+1 semaine), tous ces effets diminuent mais jamais complètement.
Pour les pilotes d'avions, le problème est que les performances de vol de l'avion se réduisent. En effet, la capacité d'une aile à voler, dépendant du nombre de particules d'air qui l'entoure. S'il n'y a pas beaucoup d'air, elle ne volera pas bien. Pour décoller, un avion aura donc besoin de plus de distance en altitude. Et c'est une chose à laquelle les pilotes ont intérêt à penser, car ce n'est pas lancé à 200Km/h, qu'arrivé en bout de piste ils pourront freiner d'urgence parce que l'avion ne veut pas décoller. Il y a autre chose aussi qui fait diminuer la qualité de vol des avions, c'est la chaleur. Quand il fait chaud, l'air se dilate, donc pour un même volume, il y aura moins de particule d'air, ce qui fera moins voler l'avion.
Et pour moi, altitude + chaleur, et je m'essouffle encore plus vite.

Carte "optimiste"
J'ai une carte "optimiste". Cherchez pas, c'est une marque que vous ne connaissez pas. C'est juste pour dire qu'elle n'est vraiment pas dans le coup (dans le cout non plus d'ailleurs, trop cher...). Elle date de 1999 et elle me dit que la route à l'est de Sucre est macadamisée. On est en fin 2003, j'y suis, je voie qu'elle est, par endroit, en travaux cette route... mais loin d'être macadamisée... 5 ans de retard déjà ! Mais en 2008, je peux dire que ce ne sera pas encore fini. Les ouvriers sont perdus dans la montagne sans que personne les surveille, ça bosse pas des masses. Puis il faut prendre en compte toute l'argent qui est détournée... qui prend une autre route... J'aurais du prendre une autre route moi aussi. Mais dans le région, pas trop le choix.

Sortie des Andes (fin aout 2003)
À l'est de Sucre, comme plus personne ne répondait à mes bonjours, j'ai dû ignorer pour un temps la population. J'entamais une grave dépression (j'exagère un peu), et c'est la seule solution que j'ai trouvé devant le comportement des gens. Plus vers l'est encore, j'affronte une recrudescence de gringo loco (étranger fou), gringo feo (vilain). Mais, il y a des endroits où ça s'arrange. Je croise aussi pas mal de gars à moitié morts sur le bord de la route : on vend de l'alcool à 96ºC dans les boutiques ! C'est plus facile à trouver que du pain ! Et avec la feuille de coca, ça les met dans un sacré état... (certains on la bouche verte, pleine de feuilles toute la journée). Souvent, comme dans les montagnes du Guatemala, les enfants s'enfuient en me voyant arriver. C'est vraiment perdu ici. Il n'y a presque plus de trafic routier, c'est de la piste sableuse dans la montagne... Piste sableuse, en montagne... Piste sableuse en montée... Imaginez... C'est l'un des passages les plus durs que j'aurais fait depuis le départ de ce tdmbent (tourdumondeenbent). La piste sableuse, c'est une piste avec plein de trous et de gros cailloux que l'on ne voit pas puisque au-dessus il y a du sable poussiéreux qui freine vos roues comme dans un étau. Et en plus, ça monte, donc parfois patine. Dans les descentes, je ne peux pas dépasser les 12Km/h. Bref, je fais à peine 40Km par jour ! Et en me fatiguant énormément. Le vélo souffre aussi beaucoup : ma suspension arrière cassera (attache inférieure de la tige du piston), et j'arracherai mon pneu arrière (déjà bien usé avec ces 8000Km). Dans les sacoches, tout est violemment secoué ; je vais encore emméler des cassettes audios (la bande à l'intérieur qui bouge à cause des chocs). Mais le paysage est beau. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il vaut le coup car rouler sur un vélo avec une suspension arrière cassée dont je ne peux même pas bloquer le ressort, c'est comme rouler sur un vélo kangourou. Je suis sans arrêt en ondulation. Et dans les montées, les 3/4 de mon effort sur le pédalier sont aspirés par l'"amortisseur". L'amortisseur d'effort...
Enfin, quand la route sera construite (dans 10 ans peut-être), sûr, ça deviendra une zone touristique !

Conclusion Bolivie :
Les gens sont plus discrets qu'au Pérou, mais pas plus hospitalier. Le salar d'Uyuni fut une agréable expérience.
Un problème dont je n'ai pas parlé aussi : déjà que l'on traite les gringos de "ricos" (riches), avec le bent - où tout le monde croit que c'est facile, que je dors toute la journée, que je roule même la nuit, 24h/24h (certains le croient vraiment !) - on va bientôt aussi traiter les gringos de fainéants !
Je réfléchis aux solutions pour remédier à ce problème. Et je pense à essayer un système qui mettrait des grosses gouttes de sueurs sur le front, ou un système de fausses veines le long des jambes, bien rouges prêtes à exploser sous l'effort, ou encore un haut-parleur à l'arrière du vélo qui émettrait des énormes cris de douleurs !

 

Suez en Bolivie, privatisation de l'eau.